Paul MORAND

Son père Eugène occupe à Paris plusieurs fonctions liées à l'art : conservateur du Dépôt des marbres en 1902, directeur de l'École nationale supérieure des Arts décoratifs en 1908. Il fréquente également les poètes, dont le cercle de Mallarmé, les artistes et les sculpteurs, dont Rodin, pendant la jeunesse de Paul.

Le jeune Paul apprend l'anglais très tôt et se rend à Londres à plusieurs reprises durant son adolescence (1902, 1903, 1904, 1908, 1909, 1913). Il visite aussi Venise et l'Italie du Nord et, chaque été, séjourne pendant un mois près du Lac de Côme.

Il rate l'oral de philosophie de son baccalauréat, en 1905. Jean Giraudoux devient son tuteur et Paul se transforme en élève assidu.

Il intègre l'Ecole libre des sciences politiques, puis réussit le concours du Quai d'Orsay. Tout en débutant dans la carrière, il fréquente les milieux littéraires, fait la connaissance de Proust et s'essaie à la poésie en composant une Ode à Marcel Proust.

Ses premiers textes publiés sont des poèmes, notamment Lampes à arc en 1919. Mais il entre véritablement en littérature avec la parution, en 1921, de son premier ouvrage en prose, Tendres stocks, un recueil de nouvelles préfacé par Proust.

Dans les années 1920-30, il écrit de nombreux livres, récits de voyage, romans brefs et nouvelles, qui frappent par la sobriété du style, le génie de la formule et la vivacité du récit, mais aussi par la fine description des pays traversés par l'auteur ou ses personnages, généralement de grands bourgeois cultivés aux idées larges.

Un des faits marquants de la vie de Morand est son attitude durant la Seconde Guerre Mondiale et sa proximité avec le régime de Vichy. Après avoir été mis à la retraite d'office en 1940, Paul MORANDm dont l'épouse, Hélène SOUTZO, est roumaine, est nommé ambassadeur de France en Roumanie, lors du retour de Pierre Laval au Gouvernement en 1943. Jean Jardin, éminence grise de Pierre Laval, favorise son départ de Bucarest en 1944, lors de l'avancée des troupes russes, et le fait nommer en Suisse. Lorsque la guerre se termine, il est ambassadeur à Berne, ce qui lui vaut d'être révoqué à la Libération et le contraint à l'exil en Suisse.

Dans son exil suisse, Morand se consacre à la poursuite de son œuvre, marquée par des orientations nouvelles et notamment par un intérêt nouveau pour l'Histoire. Il devient aussi, avec Jacques Chardonne, le modèle et le protecteur d'une nouvelle génération d'écrivains qu'on appellera les Hussards.

Son attitude durant la Guerre lui vaut une solide inimitié du Général de Gaulle, qui empêchera longtemps son entrée à l'Académie française. L'auteur de "Bucarest" est finalement élu le 24 septembre 1968 au fauteuil de Maurice Garçon, un de ses plus farouches adversaires lors de l'élection manquée de 1958.