Interviul acordat de Traian Băsescu postului France 24 (8 februarie 2008)

La o zi după vizita în România a şefului statului francez, preşedintele Traian Băsescu a acordat un interviu postului de televiziune France 24, interviu care a fost difuzat în cadrul emisiunii "Le Talk de Paris" vineri, 8 februarie. Prezentăm mai jos transcrierea acestui interviu în limba franceză.

Pentru a viziona emisiunea, click aici.

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Ulysse GOSSET.- Bienvenue à Bucarest pour cette nouvelle émission du "Talk de Paris". Bucarest, grande capitale européenne, surnommée longtemps le "petit Paris de l'Orient". Bucarest, hélas, défigurée sous le règne du dictateur, Nicolas Ceausescu. Bucarest cependant qui connaît, depuis plusieurs mois, plusieurs années maintenant, un véritable boom de l'immobilier sans doute lié à son entrée dans l'Europe. La Roumanie est en effet entrée dans l'Europe il y a maintenant un an exactement. C'est le septième grand pays européen.
Notre invité, justement, c'est le président de la Roumanie, Traian Basescu, qui a été élu en 2004, jusqu'en 2009, président de la République. Bonjour Monsieur le président.

Traian BASESCU.- (En français) Bonjour à tous, bienvenue à Bucarest !

Ulysse GOSSET.- Monsieur le Président, cela fait maintenant un an que la Roumanie est dans l'Europe. On a envie de vous demander, alors que vous savez très bien, qu'en France et dans beaucoup de pays européens, il y a un long débat, un difficile débat sur l'élargissement de l'Europe. Quel premier bilan faites-vous ? Qu'est-ce que cela change pour vous d'être membre à part entière de l'Europe ?

Traian BASESCU.- Je pense que la chose la plus importante, la plus remarquable, depuis que nous sommes devenus membre à part entière de l'Union européenne, c'est que l'on a été très bien reçu, comme un pays européen qui rentre à la maison.
Deuxièmement, au niveau économique, on a observé un très grand intérêt pour les investissements en Roumanie. D’ailleurs notre croissance ces dernières années est assurée par les investissements étrangers.
Ensuite, notre entrée dans l’Europe nous a donné une liberté de circuler en Europe. Nous sommes devenus des citoyens européens. C’est un véritable progrès, qui n’existait pas avant le 1er janvier 2007, quand il nous fallait des visas pour nous déplacer en Europe.
L’autre avantage, c’est que beaucoup d’hommes politiques et de grandes sociétés européennes s’intéressent à la Roumanie. Notre pays est maintenant intégré dans le système économique global de l’Europe.

Ulysse GOSSET.- On peut parler d'une nouvelle ère qui s'ouvre pour la Roumanie ?

Traian BASESCU.- En premier lieu, je dirai que les Roumains ont regagné confiance en eux-mêmes, ce qui me paraît extraordinaire. Les Roumains qui depuis plus de 60 ans étaient en dehors de l’Europe occidentale, reviennent parmi leurs semblables. Nous sommes un pays latin, comme vous le savez, avec un très fort penchant vers la culture française. Notre retour à l’intérieur de l’Union nous a vraiment donné le sentiment que nous sommes les égaux des autres Européens. Nous avons été isolés pendant les 60 ans du régime communiste dans une zone slave et les échanges culturels de la Roumanie avec l’Europe occidentales ont été interrompus. Les Roumains ont été coupés de leurs racines, de leurs valeurs culturelles européennes qui étaient les leurs depuis toujours. C’est une nouvelle ère qui s’ouvre et nous sommes sûrs d’être sur le bon chemin, c’est un sentiment partagé par tous les Roumains.

Ulysse GOSSET.- La Roumanie vient de ratifier le nouveau traité de Lisbonne, en présence, ici, du président Sarkozy. Vous l'avez vu longuement. Vous avez signé un partenariat stratégique avec la France. Qu'attendez-vous concrètement de Nicolas Sarkozy et comment pourriez-vous qualifier aujourd'hui les relations entre la France et la Roumanie ?

Traian BASESCU.- Je peux répondre à chaque question.
La ratification hier en présence du président français du traité constitutionnel à Bucarest, au parlement, à l'occasion de la visite officielle du président français, a été d’abord un signe de respect pour le président Nicolas Sarkozy.
Nous savons que la France est l'un des piliers fondamentaux de l'Europe unie et c’est pour cela qu’on a fait coïncider le vote du Traité de Lisbonne avec la visite.
Concernant le président Sarkozy, je le dis sans hésiter et je ne suis pas quelqu’un qui fait des compliments gratuits. Je suis un ancien commandant de vaisseau et ce n’est pas dans ma nature de parler à la légère.
Le président Sarkozy a réintroduit dans la relation franco-roumaine une relation traditionnelle. L’existence même de la Roumanie, à des moments clés, a été déterminée par le soutien décisif de la France. Le président Sarkozy a réintroduit la chaleur, la chaleur humaine, il a re-humanisé, si je puis dire, la relation franco-roumaine, ce qui est pour moi un élément de satisfaction.
En ce qui concerne le personnage politique, Nicolas Sarkozy, je peux vous dire que je l'admire. J'admire le président pour son dynamisme et ses convictions très fortes.
Et je serai l'un des chefs d'état qui vont le soutenir sans réserve. Pour que ses convictions, qui sont bonnes pour les citoyens de l’Europe, et qui sont bonnes pour que l’Europe unie, deviennent réalité.

Ulysse GOSSET.- On se souvient de la petite phrase de Jacques Chirac qui avait demandé aux nouveaux européens de "se taire". C'était au moment de la guerre avec l'Irak. Aujourd'hui, une nouvelle page s'ouvre avec Nicolas Sarkozy. Pourriez-vous dire, aujourd'hui, que la France est le meilleur ami de la Roumanie en Europe, ou pas ?

M. Traian BASESCU.
- Oui, catégoriquelment. En ce moment, la France est le plus solide ami de la Roumanie à l'intérieur de l'Union européenne.
Mais je voudrais être très clair ; la France a été un ami solide de la Roumanie même dans les moments où il y a eu des difficultés à Paris ou à Bucarest. La France n’a jamais abandonné la Roumanie et nous lui devons beaucoup.

Ulysse GOSSET.- Je vous pose la question car tout le monde se souvient de votre déclaration lorsque vous avez dit qu'il y avait désormais un axe Washington, Londres Bucarest. Aujourd'hui, est-ce toujours l'axe prioritaire ou faut-il ajouter Paris, c'est-à-dire Washington, Londres, Paris et Bucarest ? Comment pourriez-vous traduire l'évolution aujourd'hui ?

Traian BASESCU.- Je ne crois pas qu'entre la France et les Etats-Unis, il y ait des désaccords fondamentaux du point de vue la sécurité. Par ailleurs, le partenariat stratégique avec les Etats-Unis reste une réalité qui est lié à notre besoin de sécurité nationale. Le fait d'avoir accepté l'installation de bases militaires à la frontière Est du pays, qui est maintenant la frontière Est de l'Union européenne et de l'OTAN, est très bénéfique pour la sécurité de l'Union européenne et de l’OTAN. De ce point de vue-là, noter relation avec les USA reste solide et à l'intérieur d’un partenariat stratégique fondé sur la sécurité.
S'agissant des relations avec la France, elles sont infiniment plus complexes, plus nuancées, car elles ne visent pas seulement la sécurité mais aussi la modernisation de l'Europe et les relations économiques au sein de l'Union européenne. Cela concerne les problèmes de migration à l'intérieur de l'Europe, cela concerne la politique extérieure commune de l'Europe, la question de l’énergie, le développement et la modernisation des moyens de transports au niveau européen et la question de la protection de l’environnement Donc nous avons un partenariat infiniment plus complexe avec la France.

Ulysse GOSSET.- On passe d'un axe Washington, Londres, Bucarest à un axe incluant maintenant la France et l'Europe ? Comment le définiriez-vous ?

Traian BASESCU.- Les priorités de la Roumanie sont également mes priorités. Ce sont les mêmes que celles que j'ai annoncées quand j'ai été élu président.
En premier lieu, la relation stratégique que nous avons avec les Etats-Unis est liée à notre d’assurer la sécurité nationale. On a 2 500 kilomètres de frontières avec des pays qui ne sont ni membres de l'OTAN ni membres de l'Union européenne. Au Nord l'Ukraine, à l’Est, la Moldavie et au sud-est, la Serbie. Si vous regardez les conflits dans cette région, vous avez à la frontière du sud-est, le conflit du Kosovo, et nous ne savons pas encore comment cela va évoluer dans l’Ouest des Balkans. A l’Est nous avons la République de Moldavie avec le conflit gelé de la Transnistrie.
Je peux vous dire qu’après en avoir discuté avec le président Sarkozy, je ne peux pas dire qu'il soit contre une relation étroite avec les Etats-Unis. Mais, en fin de compte, nous, les Européens, nous devons faire une constatation : nous devons faire un effort pour assurer la sécurité des 500 millions d’Européens.

Ulysse GOSSET.- Autre question concrète : êtes-vous prêt à signer avec la France un accord pour construire une nouvelle centrale nucléaire ?

Traian BASESCU.- Non. Dans les mois à venir, la Roumanie va organiser un appel d’offre pour la construction de deux nouveaux réacteurs nucléaires, dans la centrale nucléaire de Cernavoda, où on a mis en fonction les réacteurs 1 et 2. D'ici 2014, on envisage la construction de deux autres réacteurs nucléaires, et certainement la France sera invitée à participer à cet appel d’offre. Dans le domaine énergétique, je peux vous dire que je fais partie de ceux qui soutiennent sans réserve la participation de la compagnie Gaz de France au projet Nabucco, ce projet de gazoduc qui part de la mer Caspienne et qui permettra à l’Europe d’assurer une compétitivité dans l’approvisionnement de gaz provenant du Caucase, de l’Iran et de l’Irak.

Ulysse GOSSET.- Nous allons reparler de l'énergie. Monsieur le Président, comme le veut la tradition de cette émission, je voudrais que nous revenions sur votre parcours politique personnel en regardant ce portrait réalisé par Melissa Chemam de la rédaction de France 24.

Ulysse GOSSET.- Monsieur le Président, on vient de le voir, vous avez une cohabitation difficile nous rappelant celle entre le Président Mitterrand et Jacques Chirac, mais ce n'est pas le seul exemple d'inspiration française. Est-il vrai que vous voulez réformer les institutions et faire de la Roumanie une forme de république à la française avec un régime présidentiel ? C'est votre projet ?

Traian BASESCU.- Du point de vue constitutionnel, La Roumanie est une république semi-présidentielle. Mon objectif n'est pas tant de réformer la constitution, mais plutôt de réformer ensemble les institutions roumaines, et j'ai lancé plusieurs fois un appel en ce sens aux hommes politiques. Nous avons besoin d'une nouvelle classe politique, capable, et désireuse de réformer ensemble les institutions. La classe politique en place aujourd’hui a été formée pendant la période de transition, c’est une classe politique dont j'ai dit toujours dit au Parlement, et pas ailleurs, que son temps est passé, qu'elle doit laisser la place à une nouvelle génération d'hommes politiques. Cette classe politique qui a été formée pendant cette période de transition n’est plus apte à jouer un rôle moteur pour la Roumanie.
On a besoin d'hommes politiques qui comprennent les standards européens, qui comprennent que les ressources financières dont ils disposent doivent être limitées à l'argent obtenu de manière honnête propre et transparente. On a donc besoin d'une classe politique qui doit comprendre qu’elle est à la disposition du peuple roumain et pas l'inverse, c'est-à-dire que le peuple n’est pas au service de cette classe politique. On a besoin d'une classe politique qui doit devenir capable de contribuer à la construction européenne.

Ulysse GOSSET.- Quel est votre modèle politique ? Est-ce le modèle français, le modèle américain ? Quel est votre modèle pour la Roumanie ?

Traian BASESCU.- Si vous voulez, un homme politique, que j'ai considéré très efficace, de la génération qui a quitté la scène, c'est Tony Blair !

Ulysse GOSSET.- Puisque l'Europe va devoir élire un premier président en 2009, est-ce que Tony Blair serait un bon candidat pour être président de l'Europe ?

Traian BASESCU.- Je viens de signer un partenariat stratégique avec le président français, Nicolas Sarkozy, qui nous oblige à avoir des consultations politiques. Mais je peux vous assurer que si Tony Blair est soutenu par le président Sarkozy, nous allons aussi lui apporter notre soutien.

Ulysse GOSSET.- Monsieur le Président, une question très importante est la façon dont la Roumanie tourne la page du communisme. On voit qu'aujourd'hui, il y a encore beaucoup de problèmes, notamment sur la possibilité pour les citoyens de consulter les archives de la Securitate. Je vous propose à cet égard d'écouter une question d'Edith Lhomel, responsable notamment de la Roumanie du "Courrier de l'est". Ecoutons-la ensemble.

Question d’Edith LHOMEL, Rédactrice au « Courrier des pays de l’Est »
Bonjour monsieur le président, Vous aviez très solennellement, le 18 décembre 2007, condamné les crimes du communisme au Parlement et demandé au nom de l’Etat roumain pardon à toutes ses victimes. Ce fut un grand moment pour l’histoire de la Roumanie. Aujourd’hui, malheureusement, une loi vient d’être promulguée qui déclare anticonstitutionnelle l’accès au dossier pour la population, dossier de la police politique notamment, de la Securitate, les citoyens n’ont pas le droit de consulter son dossier. Ne pensez-vous pas qu’outre l’immense malaise que cela risque de jeter parmi la population, l’Union européenne également ait un regard encore plus sévère sur la situation de la justice en Roumanie ?

Ulysse GOSSET.- Monsieur le Président, cette question de la Securitate, il y a eu une manifestation dimanche. Que répondez-vous à ceux qui s'inquiètent ? Vous, personnellement, vous qui avez dénoncé les crimes communistes en Roumanie, ne considérez-vous pas que c'est pour vous un échec, une sorte de défaite, cette décision de la Cour constitutionnelle ?

Traian BASESCU.- Non. On ne peut pas parler d’échec pour une raison simple : l'Institution chargée de faire la lumière sur les dossiers de l’ancienne Securitate, le Conseil national, n’a pas été dissoute. Evidemment, je me suis beaucoup dans cette question, non seulement dans le déjà célèbre rapport sur les crimes du communisme. Sur mon ordre, les services secrets ont remis l’intégralité des archives contenant 2 millions de dossiers de l’ancienne Securitate, qui concernent 2 millions de Roumains.
La cour constitutionnelle a constaté qu’il fallait modifier la façon dont les décisions sont prises. Je n'ai pas le droit de discuter les décisions de la cour constitutionnelle. En revanche, ce que j'ai le droit de faire, et je l’ai déjà fait, c’est d’envoyer des lettres, que j'ai déjà transmises au gouvernement et au parlement, qui demandent que la loi soit adaptée aux exigences de la cour constitutionnelle.
C’est ça la solution, pour que le processus continue, et il va continuer.

Ulysse GOSSET.- Vous allez donc vous battre pour que les Roumains puissent consulter les archives et notamment que l'on puisse accéder aux dossiers ? C'est votre message ?

Traian BASESCU.-
Absolument oui. Je voudrais être très clair : aujourd’hui, l'accès de chaque Roumain qui le souhaite à son dossier de la Securitate est possible et n'est pas interrompu. Ce qui est bloqué en ce moment, c’est l’accès aux dossiers des juges, des procureurs, des hommes politiques, qui faisaient partie de l’ancien système de la Securitate.
Ce qui est très dangereux, de notre point de vue, en cette période pré-électorale, avec des élections locales en mai puis législatives en novembre, c’est que l’on ne peut pas accéder et rendre public ces dossiers, et donc le passé, des candidats, juges, procureurs et hommes politiques, en pleine période électorale. Il est très important en effet de savoir si tel ou tel homme politique candidat a été, ou non, un collaborateur de la Securitate. C'est impératif. C'est tout à fait nécessaire.

Ulysse GOSSET.- Un autre dossier très important pour la Roumanie, celui de l'immigration. Trois millions de Roumains travaillent hors des frontières de la Roumanie. Je vous propose, à cet égard, d'écouter une question venant d'un téléspectateur de Grande-Bretagne

Question de Gawain Towler Responsable presse du Parti pour l’Indépendance (Royaume-Uni)
Des milliers de Roumains très qualifiés ont profité de l’ouverture des frontières avec l’Union européenne pour quitter le pays. Comment allez-vous gérer cette fuite des cerveaux ?

Ulysse GOSSET.- Alors comment fait-on pour gérer cette fuite des cerveaux ?

Traian BASESCU.- On a des difficultés dans ce domaine, mais je voudrais dire clairement que les Roumains qui sont dans des pays membres de l'Union européenne, n'ont plus le statut d'émigrants. Ce sont des citoyens européens qui ont le droit de circuler librement au sein de l’Europe.
Du point de vue pragmatique, je ne veux pas être incorrect par rapport aux Européens qui nous écoutent.
Je reviens maintenant à une explication que l'on a faite. Je ne suis pas indifférent. Je sais que la Roumanie a perdu beaucoup de gens très qualifiés. Mais en même temps, il faut admettre qu’ont aussi quitté la Roumanie des personnes qui n’ont pas respecté la loi, et qui n’ont pas non plus respecté les lois des pays où ils sont allés, je pense notamment à l’Italie, l’Espagne, la France et la Grande-Bretagne.
La seule solution pour inciter les émigrés à revenir au pays, c'est d'accroître les salaires en Roumanie.

Ulysse GOSSET.- Il y a aussi le problème des roms, des tziganes. L'Europe vous a demandé de les aider de s'intégrer en Roumanie. Qu'attendez-vous de l'Europe sur ce point ?

Traian BASESCU.- Ce que l'on a proposé a déjà été accepté par la Commission européenne et par le Conseil au mois de décembre de l'année passée. C'est un programme au plan européen pour les Roms.
La Roumanie ne peut plus gérer seule la question du programme d’intégration des Roms. Depuis le 1er janvier 2007, les Roms sont aussi des citoyens européens et ils ont le droit de circuler librement. On a été soutenu par l'Espagne et l'Italie. Au sein de la Commission européenne, on a voulu générer une politique au plan européen pour la minorité rom. Evidemment, ce programme ne va pas concerner uniquement les Roms de Roumanie, mais aussi les Roms de tous les pays, Bulgarie, Tchéquie, Slovaquie, Pologne, et d’autres. C'est pour cette raison que nous considérons qu'un programme au niveau européen est la solution.

Ulysse GOSSET.- Monsieur le Président, les Roumains ont beaucoup d'espoir pour l'Europe. Je vous propose maintenant de nous arrêter un peu au sentiment des autres Européens, ceux de la vieille Europe, les Français, les Allemands, les Italiens, et aussi sur ce que pensent les Américains sur l'état du monde aujourd'hui. Nous avons réalisé un sondage avec l'institut Harris Interactive, publié dans l'International Herald Tribune, sur le moral des Européens et des Américains. Ont-ils confiance en l'avenir ? Je vous propose de découvrir ensemble les résultats de notre sondage avec Harris Interactive.

Journaliste.- En ce début d'année 2008, la crise de confiance est générale. D'après le sondage réalisé par Harris Interactive, les Européens et les Américains se montrent particulièrement négatifs sur l'état de leur pays. 80 % des Italiens et 67 % des Français interrogés considèrent que leur pays va mal. Les Allemands, les Espagnols, les Britanniques et les Américains sont un peu plus optimistes. Cette tendance à la morosité devrait persister puisque Européens et Américains voient l'avenir d'un mauvais oeil. Ils estiment que leur pays avance dans la mauvaise direction. De nouveau, les Italiens semblent les plus préoccupés. La France, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne suivent de près. Là encore, l'Espagne et l'Allemagne se distinguent avec des résultats moins négatifs.
Un moral au plus bas à cause des mêmes soucis : préoccupation générale n° 1, les retraites. Tous s'accordent à dire que leurs systèmes de retraite vont mal, particulièrement les Français, les Italiens et les Allemands. Une large majorités de sondés s'inquiète de l'état de santé de l'économie de leur pays et de leur pouvoir d'achat. 84 % des Français et 80 % des Italiens estiment que leur pouvoir d'achat pose fortement problème.
Enfin, l'emploi n'est pas épargné. La situation est mauvaise en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne et aux Etats-Unis. Seuls les Britanniques s'inquiètent un peu moins du chômage. Aux Etats-Unis, le système de santé est considéré comme le premier problème à résoudre.
Un seul domaine est épargné par cette sinistrose : la Défense et, cette fois, ce sont la France, l'Allemagne et les Etats-Unis qui en ont un jugement très positif.

Ulysse GOSSET.- Monsieur le Président, êtes-vous surpris par cette véritable crise de confiance qui existe dans une bonne partie de l'Europe et même aux Etats-Unis ?

Traian BASESCU.-
Oui, je suis un peu surpris, je dois l’admettre. Je pense que cette crise de confiance est liée à ce début de crise que traversent les Etats-Unis et l’Europe, dans le domaine des crédits immobiliers subprimes. Evidemment, la Roumanie non plus n'échappe pas à ce phénomène, mais je vous affirme catégoriquement que les Roumains sont beaucoup plus optimistes que les Français ou les Italiens.
Cependant, je ne crois pas que nous, les hommes politiques, pouvont être exonérés de toute responsabilité.
La plus grande responsabilité, que tous les hommes politiques doivent assumer, c’est d’arrêter de blâmer l’Europe quand les choses vont mal.
Il faut prendre en compte le fait que les Européens sont de plus en plus exigeants quand il s'agit du niveau de vie. Peut-être que nous, les hommes politiques, nous contribuons à ce manque de confiance ou à ce mécontentement, parce que parfois il peut nous arriver de manquer de sincérité. On doit tenir compte du fait que les exigences des Européens en matière de vie quotidienne sont devenues de plus en plus grandes, et qu’elles sont également stimulées par les promesses que, nous, hommes politiques, nous leur faisons. Comme je le disais, on n'est pas toujours sincères, et c'est aussi une cause du pessimisme ambiant.

Ulysse GOSSET.- La question du Kosovo, Monsieur le Président. Dans quelques jours, dans quelques semaines, le Kosovo va déclarer son indépendance. On sait que vous êtes contre cette indépendance. Vous ne pouvez pas vous y opposer non plus. Nicolas Sarkozy dit qu'elle est inéluctable, les Américains également. Le paradoxe, c'est que, tout en étant opposé à cette indépendance, vous allez participer à la mission européenne de stabilisation du Kosovo. C'est une position un peu compliquée à défendre. Ne le trouvez-vous pas ?

Traian BASESCU.- Ce n'est pas si difficile qu'il y paraît. On a définit cette solution avec d'autres états, lors du Conseil européen de décembre dernier, quand la Roumanie a affirmé qu'elle ne reconnaîtrait pas l'indépendance du Kosovo. En même temps, on a informé les autres pays européens que cela ne voulait pas dire que la Roumanie ne serait pas solidaire avec les actions de l'Union européenne.
Nous avons décidé de participer à la stabilisation du Kosovo et de former un contingent de 175 gendarmes et de policiers pour la force civile au Kosovo. Ces hommes seront envoyés au Kosovo dès que la décision sera prise.
Pour ce qui est de l’indépendance du Kosovo, nous avons de grandes réticences liées au droit international. Il n’y pas de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU concernant le Kosovo
C'est la première fois, depuis la Deuxième guerre mondiale, que l'on arrive à prendre une telle mesure, sans décision préalable du conseil de sécurité.

Ulysse GOSSET.- Vous pensez que cela peut provoquer de nouvelles explosions dans les Balkans, et peut-être de nouvelles guerres ?

Traian BASESCU.- Oui. Oui. Car c’est de la création d’un second Etat albanais qu’il s’agit, avec la séparation d’un Etat indépendant et souverain, la Serbie. Il s'agit de la sécession d’un territoire où vit une population majoritaire dans ce territoire mais minorité en Serbie. Ceci va créer un précédent tant dans l’Ouest des Balkans qu’ailleurs, en Transnistrie ainsi, en Géorgie qu’en Ossétie du Sud, en Azerbaïdjan et dans le Nagorny-Karabach et même dans d’autres régions très lointaines du monde. Nous avons l’obligation de dire ouvertement pourquoi nous avons des réserves !

Ulysse GOSSET.- A propos de l'énergie, on assiste à une véritable guerre entre la Russie et l'Europe. Vous, vous êtes très partisan de la construction d'un nouveau gazoduc qui passerait par la Roumanie, le projet Nabucco. Ce projet va-t-il exister ? Le projet russe peut-il exister en même temps ? Comment voyez-vous l'avenir ? Est-ce réaliste de voir ce pipe-line européen passant par la Roumanie exister un jour et quand ?

Traian BASESCU.- Je vous le déclare comme une personne qui a analysé et qui continue d'analyser le sujet des alternatives énergétiques pour l'Europe depuis pas mal d'années : Le projet Nabucco est parfaitement réalisable. Il doit remplir sa mission, c'est-à-dire fournir à l'Europe du gaz provenant d'autres sources d’approvisionnement. Il s'agit en effet d’introduire la concurrence sur les prix.
Aujourd’hui, Gazprom dicte le prix parce car il n'a pas de concurrence et couvre un marché énorme. Même si Gazprom construit d'autres systèmes, le fournisseur sera le même. C'est pourquoi nous soutenons sans réserve le projet de la Commission européenne qui vise à la réalisation du projet du gazoduc Nabucco. Il ne s'agit pas seulement de la concession d'un gazoduc mais bien de solutionner le problème pour trouver une autre source de gaz pour l'Europe. On a des informations tout à fait claires qui nous confirment que le gaz, qui va remplir ce gazoduc, existe. Le jour où cette alternative deviendra réalité, les prix vont se réguler pour les consommateurs européens, j’en ai la conviction. La Roumanie va soutenir sans réserve le souhait de Gaz de France de participer à ce projet Nabucco.

Ulysse GOSSET.- Ce n'est donc pas un mirage ?
Traian BASESCU.- Ce n'est pas un mirage, mais une réalité proche. Dans les cinq ou six années à venir, le gazoduc sera construit.

Ulysse GOSSET.- Dernière question de l'un de nos téléspectateurs, le célèbre tennisman, champion du monde, Illie Nastase, qui va vous interroger sur l'avenir des relations entre la Roumanie et l'Europe. Ecoutons-le.
Question de M. Ilie NASTASE.- Tennisman roumain, Ancien n°1 mondial
Que pensez-vous faire pour réduire les écarts entre notre pays et les autres pays européens?

Traian BASESCU.- Oui. La question d'Ilie Nastase est très intéressante. J’aurais bien aimé qu’il me la pose lors de notre rencontre il y a quelques jours à Cotroceni. Mais la seule chose que je peux faire en tant que président, c’est d’expliquer à tous les Européens ce qu’est la Roumanie, et d’expliquer aux Roumains ce qu’est l’Europe, et d’appeler les Roumains à se sentir fiers d’être Roumains et Européens, et lorsque leurs performances seront au même niveau que celle des premiers Européens, nous vivront aussi bien qu’eux.

Ulysse GOSSET.- Très bien. Monsieur le Président, ce sera le mot de la fin. Je vous remercie d'avoir participé à cette émission du Talk de Paris, ici, à Bucarest.
Traian BASESCU.- (En français) Merci beaucoup.
Ulysse GOSSET.- Merci aussi à tous ceux qui nous ont aidés à réaliser cette émission Mirel Bran, Julia Dorner, Cédric Laveau et à toute l'équipe technique, ici, qui nous a permis de réaliser cette émission. Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour une nouvelle émission du "Talk de Paris". A bientôt.