14 iulie vazut de istoricii romani
Ziua de 14 iulie reprezinta pentru mine cea mai buna ocazie pentru a-mi exprima sentimentele speciale pe care le-am nutrit dintotdeauna pentru Franta si pentru cultura franceza. Este vorba de fapt despre sentimentele nutrite de o buna parte dintre români; este vorba despre o poveste de dragoste care a început cu aproape doua secole în urma, când tinerii români veniti din partea cealalta a continentului au avut « un coup de foudre », descoperind cu uimire « o sora mai mare de sorginte latina » în occident. In procesul de modernizare a societatii române, Franta a devenit modelul prin excelenta. Totul parea exemplar în ceea ce priveste Franta: istoria ei, cultura… Parisul simboliza centrul lumii. Inca din copilarie, limba franceza îmi devenise familiara, era un lucru de la sine înteles în fiecare familie de intelectuali (într-o perioada când limba engleza era considerata o limba un pic exotica !). Una dintre primele carti pe care le-am rasfoit în biblioteca bunicului meu era un dictionar Larousse din anii 1920, pe care îl mai consult si astazi ! M-a pasionat apoi istoria Frantei : cunosteam pe de rost întreaga lista a suveranilor, începând cu Clovis. In studentie, în anii 1960, eroul pe care îl admiram cel mai mult era Generalul de Gaulle.
Intre timp, trebuie s-o spun, a curs multa apa pe sub podurile Senei si ale Dâmbovitei. In lumea de astazi, Franta nu mai are aceleasi dimensiuni, limba franceza este mai putin utilizata decât odinioara. Chiar si în România, limba franceza înregistreaza o anumita pierdere în fata englezei. România ramâne totusi tara cea mai francofona din Europa (cu exceptia tarilor unde limba franceza este limba materna), si nu numai cea mai francofona, dar si cea mai francofila. Povestea de dragoste este departe de a fi terminata.
Lucian Boia
Profesor la Universitatea din Bucuresti
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Mes souvenirs du 14 juillet
Monsieur l’Ambassadeur de France m’a fait un bien grand honneur en m’invitant à livrer en ce 14 juillet 2010 quelques souvenirs personnels des célébrations du 14 juillet. Cela risque de nous mener assez loin dans le passé, puisque j’aurai 94 ans dans quelques semaines !
Par ailleurs, je ne suis pas né Français, mais Roumain, tardivement naturalisé français. Attention toutefois, ce n’est pas l’acte administratif de la naturalisation qui est l’essentiel, mais d’avoir baigné une vie entière dans l’amour de la culture française. Le hasard de la naissance m’a fait appartenir à cette catégorie de Roumains qui depuis plus d’un siècle se targuaient de parler le français à la maison et qui envoyaient leurs enfants étudier en France. C’est ainsi que j’ai été interne au lycée de Nice dès l’âge de 12 ans et que j’ai fait toutes mes études universitaires à Paris. Le résultat aujourd’hui : mes compatriotes roumains me trouvent un peu trop français, tandis que mes compatriotes français me trouvent toujours un petit air exotique.
Mais venons-en au 14 juillet.
Or là, malheur ! Au lycée, j’avais des sympathies de droite et même monarchistes, et le romancier dont j’avais dévoré tous les livres, Pierre Benoit, avait écrit : « Quel peuple étrange que les Français, qui ont choisi pour fête nationale un jour où ses enfants se sont entretués ! »
Cependant, dès l’âge de 16 ans, à Paris, je me suis laissé entraîner, chaque année, par l’ambiance festive, joyeuse et même enthousiaste des journées du 14 juillet… Il y avait d’abord le magnifique défilé militaire le long des Champs-Elysées. On me croit parfois intellectuel délicat, ou même salonard. Fi ! Je suis militariste dans l’âme, et la vue des colonnes défilant aux sons de la « Sambre et Meuse », me mettent en transe. J’ai toujours aimé les défilés à la française : des pas rapides, frappés, mais naturels ; pas le pas de l’oie des Allemands ou des Russes, ni l’impeccable rigidité des Britanniques. Et la légion étrangère, avec son rythme plus lent et son bélier fétiche ! Et les escadrons de la Garde Républicaine dans leur somptueuse tenue… Je n’ai jamais raté un défilé du 14 juillet si, au cours de ma longue existence plutôt mouvementée, j’avais le bonheur de me trouver à Paris. Depuis quelques dizaines d’années, il y a, en plus, le fracas des chars et des unités motorisées et le vrombissement assourdissant des escadrilles d’avions…
Et puis, les soirs, j’ai parfois dansé dans la rue. Et surtout, surtout, les feux d’artifice au-dessus des monuments de la plus belle capitale du monde, spectacle incomparable.
Depuis quelques années, il y a un élément nouveau : des dizaines, des centaines de petits grils dans les rues, où les merguez répandent dans l’air une épaisse fumée poivrée et parfumée. Le 14 juillet à Paris, aujourd’hui, sent la merguez. Il faut vivre avec son temps.
Neagu Djuvara
Né en 1916 à Bucarest, Neagu Djuvara, intellectuel, diplomate et historien fait partie de ces personnalités franco roumaines aux multiples facettes. Licencié d’histoire en 1937 et docteur en droit en 1940. M. Neagu DJUVARA a obtenu un doctorat d’Etat es lettres (philosophie de l’histoire) en 1972.
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