Commémoration du 11 novembre à Iasi
Monument au général BERTHELOT, Iasi
Monsieur le Préfet, Monsieur le Président du Conseil de Judet, Monsieur le Maire, Mon général, Messieurs les officiers et anciens combattants, Mesdames, Messieurs, Je vous souhaite la bienvenue à cette cérémonie commémorant l’armistice de 1918. Partout en France, à cette occasion, les autorités civiles et militaires se retrouvent avec la population pour rendre hommage aux morts de la Grande Guerre.
Cette année, j'ai voulu procéder à cette commémoration, non à Bucarest comme d'habitude, mais ici, à IASI. En effet, IASI est le creuset d'où est parti l'amitié entre la France et la Roumanie, et reste l’un des meilleurs symboles de la camaraderie d’armes franco-roumaine forgée au prix de tant de sacrifices lors de la Première Guerre mondiale. Je suis très heureux et fier d'être parmi vous.
Le sacrifice dont je parle, c’est celui des 8 700 000 morts de la guerre, dont près de 1 400 000 Français et 540 000 Roumains luttant dans le même camp, parfois dans les mêmes tranchées, et celui des millions de blessés et d’estropiés qui garderont définitivement dans leur chair les stigmates des combats.
Mais Iasi c’est aussi cette place où nous trouvons et qui abrite la statue d’un homme qui à lui seul symbolise les liens historiques qui unissent nos deux pays, je veux parler du général Henri Mathias Berthelot. Après l’entrée en guerre de la Roumanie aux côtés de l’Entente le 27 août 1916, la France, à la demande du Gouvernement roumain dirigé par BRATIANU, décide l’envoi d’une mission militaire en Roumanie. Son rôle sera de reconstituer l’armée roumaine et d’assurer son instruction ainsi que son perfectionnement.
La situation militaire est mauvaise : Bucarest est tombé et Bratianu décide de s'installer à Iasi pour réorganiser l’armée roumaine qui a du se replier en Moldavie devant les troupes allemandes, austro-hongroises, bulgares et turques, en profitant du soutien de l'armée russe. Soutenue par la détermination du gouvernement roumain, la Mission Militaire Française va pouvoir accomplir sa tâche. Près de 400 officiers et 10 000 soldats passent dans les centres d’instruction. En mai 1917, le général Berthelot qui a été choisi pour cette mission grâce à un prestige personnel indiscuté, peut annoncer au grand Quartier Général roumain que dix divisions roumaines sont réorganisées : six sont au front, quatre sont prêtes à s’y rendre et une artillerie lourde et efficace est en mesure de participer à l’offensive. Il annonce que l’aviation comprend neuf escadrilles dont trois de chasse et une de bombardement. L’armée roumaine est prête à entreprendre de nouvelles opérations contre l'ennemi.
Le début de l’offensive en Moldavie est fixé au 24 juillet. Alors que les officiers français participent aux combats dans les rangs de l’armée roumaine, la 2°armée roumaine rompt le dispositif adverse sur un front de 30 km et une profondeur de 20 km dans la région de Marasti. Mais la révolution russe change la donne. Kerenski donne l’ordre aux troupes russes situées de part et d’autre de la 2° armée, de cesser l’offensive. La 2°armée doit en conséquence cesser sa progression, mais ce succès remonte le moral de l’armée roumaine.
Le 8 août, les Puissances centrales déclenchent une nouvelle offensive dans la vallée de l’Oituz, mais elle est repoussée par la 1ère armée du général Grigorescu le 19 août. Le 5 septembre le plan stratégique établi par le général Ludendorff a échoué et ses troupes ont subi de lourdes pertes.
Lorsque le 3 mars 1918, le traité de Brest-Litovsk scella la paix entre la Russie et l'Allemagne, Bucarest, le 5, choisit d’accepter les conditions offertes par l’ennemi. Le départ de la représentation française avait sonné, mais pour le général Berthelot il ne s’agissait que d’un au revoir à la Roumanie.
Dès le 1er octobre 1918 il participe aux côtés de l’armée du Danube à la campagne qui va ouvrir les portes de Bucarest après avoir sillonné la Bulgarie et réduit les derniers bastions allemands. Le 1er décembre c’est le retour triomphal du général Berthelot à Bucarest où on le qualifie de « sauveur de la Roumanie ». Il participe ici à Iasi au défilé des troupes victorieuses. A sa mort le 29 janvier 1931, le président du conseil Georghe Marinescu rédigea le télégramme suivant : "La mort prématurée du général Berthelot remplit de profonde douleur la nation roumaine reconnaissante au grand général pour son importante contribution à la réorganisation de l’armée roumaine, ainsi que pour sa part glorieuse dans la victoire commune. Au nom du Gouvernement roumain je prie Votre Excellence de vouloir bien agréer l’expression de nos condoléances les plus sincères. La Roumanie gardera éternellement au grand disparu un pieux souvenir.
C’est pourquoi, célébrer ici le 11 novembre représente bien plus qu’un devoir de mémoire, que l’évocation déjà au combien nécessaire de notre camaraderie d’armes. C’est, certes, l’une des occasions de renouveler et de fortifier encore ces liens privilégiés forgés par notre histoire commune, mais c’est surtout le moment idéal pour formuler un espoir : celui d’une Europe enfin suffisamment apaisée, réunifiée, intégrée pour être débarrassée du spectre de la guerre. Et ce n’est pas un hasard si la France et l’Allemagne, qui se sont jadis déchirées dans cette guerre comme dans la suivante, sont désormais les moteurs de cette dynamique.
Commémorer le 11 novembre, c’est aussi évoquer nos morts et nos blessés. Régulièrement, nos deux pays payent un lourd tribut au combat pour la paix dans les missions extérieures. Nous aurons ainsi une pensée pour le sergent major Marius Florin SFECHES et pour le soldat Cristian-Petru Filip, morts au combat en Afghanistan le 1er octobre dernier.
Commémorer le 11 novembre en Roumanie, c’est donc se recueillir mais surtout réaffirmer notre volonté commune d’engagement pour la paix et la liberté, au sein des missions de l’UE comme de l’OTAN, où nous œuvrons ensemble. Ceci afin que nos morts, de la Grande Guerre jusqu’aux opérations extérieures actuelles, ne se soient pas sacrifiés pour rien et que l’œuvre du général Berthelot continue.
Vive la Roumanie ! Vive la France !
