Discours à l'occasion de la remise du titre "Docteur Honoris Causa" de l'Université d'ouest de Timisoara (8 novembre 2011)

Je tiens d’abord à remercier l’Université de l’Ouest de Timisoara pour la remise de ce Doctorat Honoris Causa, la plus prestigieuse distinction décernée par le monde universitaire. Je suis extrêmement touché de l’honneur qui m’est fait et, à travers moi, à la France.

À titre personnel, j’éprouve une grande fierté d’être distingué par votre Université, institution illustre reconnue pour son excellence académique, son dynamisme dans le domaine de la recherche et pour avoir formé des personnalités de premier ordre telles que Mme Herta Müller, prix Nobel de littérature 2009.

En tant que représentant de la France en Roumanie, je suis particulièrement sensible à la reconnaissance d’un établissement résolument tourné vers l’échange et la collaboration au niveau international. Le titre qui m’est attribué aujourd’hui constitue la consécration du travail effectué en Roumanie dans le domaine des échanges universitaires et scientifiques, sujet auquel je suis particulièrement attentif.

Pour honorer la politique d’ouverture qui caractérise l’Université de l’Ouest de Timisoara, j’ai choisi de placer la suite de mes propos dans un cadre qui dépasse celui de la coopération bilatérale. Je vais donc vous parler de la Francophonie, sujet d’actualité pour les relations entre la France et la Roumanie trouvant un écho particulier à l’Université de l’Ouest de Timisoara, qui abrite en son sein une Chaire Senghor.

1 Circonscrire la Francophonie :  qu'est ce que la Francophonie ?

La Francophonie, c’est une communauté géoculturelle constituée d’États revendiquant la langue française comme dénominateur commun, créateur de solidarité. Elle naît de la volonté de trois dirigeants africains de mettre en valeur le patrimoine culturel  douloureusement acquis au cours de la colonisation, dont le français est à la fois la langue d’expression et le principal ornement. Porteurs des espoirs d’une Afrique nouvellement indépendante, Léopold Sédar SENGHOR, premier Président du Sénégal, Habib BOURGUIBA, premier Président de la Tunisie et Hamani DIORI, Président du Niger sont les pères de ce mouvement.

Vers une organisation institutionnelle

Paru en 1962, le numéro de la revue Esprit sur le thème « le français dans le monde » pourrait être considéré comme le manifeste de la Francophonie. Divers écrivains et penseurs - dont SENGHOR - se saisissent du terme inventé en 1880, le définissent et analysent ses perspectives. Dans les années qui suivent, l’idée de la francophonie gagne du terrain en Afrique grâce aux efforts diplomatiques de ses précurseurs. Dans le même temps, la France et le Québec développent des cadres de coopération éducative (« entente sur un programme d'échanges et de coopération dans le domaine de l'éducation », 27 février 1965) et culturelle (« entente sur la coopération culturelle », 24 novembre 1965), justifiés par l’existence de liens culturels entre les deux entités et centrés en partie sur la promotion de la langue française.  Au Sud comme au Nord, les initiatives se multiplient et préparent le terrain pour la construction de la francophonie transcontinentale dont le premier acte se joue à Niamey : en 1969, la capitale nigérienne abrite la première conférence intergouvernementale des Etats francophones.

La deuxième conférence intergouvernementale des Etats francophones (Niamey, 20 mars 1970) met fin à la première période de réflexion. Avec la création de l’Agence de Coopération Culturelle et Technique (ACCT), la Francophonie s’est trouvé un premier terrain de convergence et entre dans une phase d’institutionnalisation. Cette date du 20 mars sera ultérieurement choisie comme anniversaire de la Francophonie et symbolise le début de l’action multilatérale francophone. Ce premier aboutissement des idéaux de SENGHOR est suivi d’une période d’inertie politique de plus de quinze ans. La relance du projet francophone se fait attendre jusqu’en 1986 : le Président français François Miterrand réunit à Versailles la première Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement ayant en commun l'usage du français. Ce second départ  sera le bon. Un Sommet est organisé à Québec dès l’année suivante ;  les chefs d’Etat et de gouvernement y posent les jalons d’une coopération technique renforcée. Si les priorités ont pu évoluer depuis, le rythme bisannuel choisi pour les Sommets n’a jamais été interrompu.

L’institutionnalisation de la Francophonie se concrétise entre 1997 (Sommet de Hanoï) et 2006 (Sommet de Bucarest). Lors du sommet de Hanoï, l’Assemblée des chefs d’Etat et de gouvernement se dote d’institutions et désigne son premier Secrétaire général, l'ancien secrétaire général de l'ONU M. BOUTROS-BOUTROS GHALI. S’appuyant sur ces bases, la Francophonie poursuit sa maturation jusqu’au tournant institutionnel de 2006 où se détermine la structure actuelle de la Francophonie institutionnelle.

Organes de la Francophonie 

La Francophonie institutionnelle naît donc à Hanoï en 1997. À cette époque, la plupart de ses structures sont déjà en place : la Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF), le Conseil permanent de la Francophonie (CPF) et bien entendu, l' ACCT, existent et répondent à l'autorité de l'Assemblée des Chefs d'Etat et de gouvernement. La nouveauté vient de la création du poste de Secrétaire général. Par cet acte, la Francophonie se dote d'un porte-parole et d'un représentant officiel au niveau international.  La création du Secrétariat général au sein de l'ACTT (qui prend à cette date le nom d'AIF, Agence intergouvernementale francophone), engendre toutefois une incohérence institutionnelle : bien que placé sous l'autorité politique du Secrétaire général, l'Administrateur de l'Agence détient le pouvoir administratif. La dyarchie qui en résulte ne tarde pas à instaurer un climat de rivalité. Cette situation perdure jusqu'au sommet de Bucarest (2006) et l'adoption de la Charte d’Antananarivo qui organise la restructuration institutionnelle. Proposées par l'ancien Président sénégalais ABOU DIOUF et successeur de BOUTROS-BOUTROS GHALI, les modifications consacrent la prééminence du Secrétaire Général et déterminent le fonctionnement de la Francophonie telle qu'elle existe actuellement.

Le Sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement est l’instance hiérarchique suprême de la Francophonie, celle qui définit les orientations et les objectifs. Soulignons au passage la mixité des entités siégant à cette assemblée : aux côtés d'Etats comme la France et la Roumanie siègent les représentants de Provinces telles que la Louisiane et le Québec ainsi que d’autres instances comme la Communauté française de Belgique. Cette diversité fait l’originalité et la force de la Francophonie, qui a su ménager une place à toute entité se réclamant de ses valeurs et souhaitant se joindre à l’aventure. Pour assurer la continuité politique du Sommet, qui se tient tous les deux ans,  la Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF) se réunit, elle, chaque année. Y siègent le ministre des Affaires étrangères ou le ministre chargé de la Francophonie des Etats et gouvernements membres ou observateurs du Sommet. La CMF se prononce sur les grands axes de l’action multilatérale francophone et assure l’exécution des décisions arrêtées lors du Sommet. Elle prépare le Sommet suivant, aidée par le Conseil permanent de la Francophonie (CPF), instance  chargée de veiller à l’exécution de ses décisions. Le CPF examine les propositions de répartition du Fonds multilatéral unique, exerce un rôle d’animateur, de coordonnateur et d’arbitre. Il est composé des représentants accrédités par les chefs d’Etat ou de gouvernement participant aux Sommets. Le CPF est présidé par le Secrétaire général. Celui-ci est désormais à la tête de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) qui remplace l'AIF ; il nomme un administrateur à la coopération responsable des aspects technique de la coopération.

En 2006, l’AIF (agence ) devient OIF ( organisation) et accède à la personnalité juridique. Organisation politique doublée d'une Agence de coopération technique, l'OIF est, du fait de son histoire, une structure ambivalente. Siège du Secrétaire général, elle agit comme pôle d'influence pour porter les valeurs de la Francophonie. À ce titre, elle organise notamment des  réunions en amont des grands rendez-vous internationaux  pour permettre à ses membres de se coordonner ou pour mobiliser d'autres instances internationales. Organisme de coopération, ses missions sont précisées dans un programme décennal établi par le Sommet des Chefs d'Etat et de gouvernement ayant le français en partage. Adopté en 2004 à Ouagadougou, le programme actuel fixe quatre domaines d'action à l'OIF. Ces champs de compétence sont la paix, la démocratie et les droits de l'Homme ; la diversité culturelle ; l'éducation et la formation ; le développement solidaire et durable.  Mise en regard de ses ambitions, l'OIF est une petite structure : avec 350 personnes réparties dans ses neuf représentations permanentes, son personnel est moins important que celui de l'Ambassade de France à Washington ; son budget pour la période 2010-2013 s'élève à 180 millions d'euros, soit 45 millions d'euros par an pour 56 pays. En enlevant les principaux contributeurs et les membres de l'OIF pour qui l'accès à ces fonds ne revêt pas un caractère crucial, chaque pays  bénéficie d'environ 1,5 million d'euros par an, autant dire une goutte d'eau compte-tenu de l'immensité des chantiers  ouverts. Pour augmenter l'impact de son action, l'OIF doit compter sur la collaboration avec ses opérateurs et impulser des effets démultiplicateurs et de synergie. Le cœur de cette stratégie repose sur les actions de formation : chaque personne formée dans le cadre des missions de l'OIF porte la responsabilité de partager son savoir faire et de diffuser les connaissances ainsi acquises.

Les opérateurs

Pour réaliser ses missions, l'OIF s'appuie principalement sur quatre opérateurs indépendants de la trinité institutionnelle : l'Université Senghor, l'Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) l'Association internationale des Maires Francophones (AIMF) et la Chaîne de télévision TV5 Monde. Très hétérogènes de par leur nature, leur relation à la Francophonie et leur domaine d'activité, ces opérateurs soutiennent la politique de l'OIF.

Deux des opérateurs mettent en œuvre les actions de coopération en matière de formation supérieure et de coopération universitaire, dont l'importance a été soulignée.  Il s'agit d'abord de l’Université Senghor, fondée en 1989 par le Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement ayant le Français en partage. Pôle d’excellence académique, sa mission est de former des cadres africains et des formateurs de haut niveau à l’action et à l’exercice de responsabilités dans certains domaines prioritaires, notamment la gouvernance et le management public, l’environnement, le patrimoine, les industries culturelles, la santé internationale et les politiques nutritionnelles. L'Université Senghor propose des Masters professionnels mais aussi des stages de formation continue et, depuis avril 2008, un Master à distance concernant la gestion des systèmes éducatifs en Afrique. Espace d’échanges l'Université Senghor organise des colloques, des séminaires et des conférences en collaboration avec les autres opérateurs et institutions de la Francophonie.

Le second opérateur dans le domaine de la formation supérieure est l'AUF. Sa portée géographique et la diversité des outils dont elle dispose en font le principal porteur des ambitions de l'OIF.

Fondée en 1961 à Montréal, l’Agence Universitaire de la Francophonie est une association d’universités.  En partie financée par des contributions gouvernementales, elle répond à un double agenda politique : celui de son Assemblée générale, constituée des représentants de ses membres et celui défini par la Conférence des chefs d’État et de gouvernement, dont elle est l’opérateur. Présente sur les cinq continents à travers 65 implantations, l'AUF fédère aujourd’hui un réseau de 779 établissements répartis dans 90 pays, dont 55 sont membres de l’Organisation internationale de la Francophonie. Au niveau local, elle est représentée par des délégations, des antennes, des instituts, et les campus numériques francophones, espaces hébergés par les universités offrant l'accès à internet et divers services liés aux technologies numériques. Des bureaux  régionaux supervisent et coordonnent les activités sur un territoire spécifique : Afrique centrale et des Grands-Lacs ; Afrique de l'Ouest ; Amériques ; Asie Pacifique ; Caraïbes ; Europe centrale et orientale ; Europe de l'Ouest et Maghreb ; Moyen-Orient et Océan Indien.

Le Bureau d'Europe centrale et orientale (BECO) a ouvert ses portes en 1994 à Bucarest. Suggérée par l’éminent diplomate Andreï MAGHERU, la  création de cette instance un an à peine après l'adhésion du pays à l’organisation internationale de la Francophonie illustre la forte implication de la Roumanie vis à vis de ses partenaires francophones. Le BECO couvre huit implantations dans six pays (Roumanie, Moldova, Albanie, Bulgarie, Arménie, Géorgie) et anime un réseau de 85 universités réparties sur dix-sept pays (Albanie, Arménie, Bulgarie, Croatie, Fédération de Russie, Géorgie, Hongrie, Kazakhstan, Lituanie, Macédoine, Pologne, République de Moldavie, Roumanie, Serbie, Slovaquie, Turquie,  Ukraine). Avec 27 universités membres, établissements publics et privés confondus, la Roumanie représente presque un tiers du réseau régional.

Les deux dernières années ont été marquées par une modification en profondeur du fonctionnement de l'AUF : jusque là, les activités de l'agence s'articulaient autour d'une programmation thématique, chaque programme étant géré par un administrateur du siège central ; chaque représentation permanente de l'AUF était tenue de suivre les orientations globales et de conduire l'ensemble des actions prescrites. Ce système posait des problèmes de cohérence au niveau local, comme chaque fois que l'on s'efforce d'appliquer un modèle unique à une mosaïque de situations : les responsables des antennes se trouvaient contraints de proposer et d'engager des fonds dans des actions qui ne répondaient à aucune demande ni à aucun besoin des populations avec lesquelles ils étaient en contact. Dès sa prise de fonctions en 2007, l’actuel Recteur, M. Bernard CERQUIGLINI s'est attaché à faire évoluer l'AUF vers une gestion décentralisée permettant de réaliser les objectifs de l'agence de manière efficace en s'adaptant aux contextes locaux. La réforme a commencé à se concrétiser en 2009.  Les bureaux régionaux se sont vu transférer la responsabilité de sélectionner parmi les outils proposés les orientations les plus cohérentes pour leur zone d'activité et les modalités d’action les plus performantes. Les stratégies définies au niveau régional doivent cependant entrer dans le cadre des thématiques prioritaires retenues en central : « Langue française, diversité culturelle et linguistique », « État de droit, démocratie et société » ; « Environnement, eau, énergie et climat » ;« Développement durable et bien-être des populations : lutte contre la pauvreté et innovation en santé publique » ; « Expertise et innovation pour l'enseignement supérieur » ; « Économie de la connaissance » ; « Connaissance de la Francophonie ».

[Conformément à cette nouvelle organisation, le programme 2010 / 2013 du Bureau d'Europe Centrale et Orientale (BECO) se construit autour de trois axes stratégiques répondant aux attentes exprimées par les établissements de son périmètre d'activité : le renforcement de l'enseignement et de la recherche dans les thématiques prioritaires ; la promotion de la diversité culturelle et linguistique et le renforcement de l'expertise et de l'innovation pour l'enseignement supérieur. Le  renforcement de l'enseignement supérieur et de la recherche constitue l'axe principal du plan quadriennal et se décline en pas moins de cinq projets portant sur le soutien à la formation et à la recherche dans les domaines prioritaires (soutien aux filières et à la mobilité) et dans celui de la gestion (Institut Francophone pour l'Administration et la Gestion) ; l'appui à l'insertion professionnelle (bourses de stage ; travail sur l'information et la professionnalisation des formations) et à la structuration des réseaux de recherche (Projet « Horizons francophones » , géré en central).  ]
Le dernier projet mis en œuvre par le BECO est une initiative du gouvernement roumain : il s'agit du programme de bourses « Eugen Ionescu » qui offre la possibilité aux chercheurs et aux doctorants issus des établissements d’enseignement supérieur membres de l’AUF de bénéficier d’une formation de 3 à 8 mois dans des institutions d’enseignement supérieur roumaines reconnues pour leur excellence.

Société civile et Francophonie

La Francophonie ne se limite pas à l'activité de ses institutions et de ses opérateurs ; depuis l'origine, la société civile a accompagné et soutenu le mouvement francophone.

[ Avant que l’idée ne fasse son chemin dans les milieux politiques, des associations se sont constituées qui revendiquaient une identité francophone : créée en 1950 à l'initiative du journaliste canadien Dostaler O'Leary l' « Union internationale des journalistes de la presse de langue française » (UIJPLF) – devenue  « Union internationale de la presse francophone » (UPF) en 2001 – est ainsi le tout premier organisme international à se placer sous le signe de la francophonie. S’il s’agissait au départ d’une association amicale, l'organisation s’est peu à peu transformée en union professionnelle. Aujourd’hui, elle est reconnue comme organisation internationale non-gouvernementale (OING) non seulement par l’OIF, mais aussi par l'ONU, l'UNESCO et le parlement européen de Strasbourg. L`UPF compte parmi les organisations les plus représentatives de la profession dans le monde avec 3000 membres - journalistes, responsables et éditeurs de presse écrite et audiovisuelle -  répartis dans plus de 10 pays ou régions du monde. L’exemple de l’UPF illustre l’adhésion de la société civile au projet francophone et son implication. ]

L’engagement des associations est essentiel au dynamisme et à la réussite du projet francophone. Incarnant une volonté de collaboration affranchie des raisons politiques, les associations donnent corps aux espoirs de SENGHOR. Acteurs de proximité, elles sont aussi les relais privilégiés de la Francophonie auprès des populations qui habitent l’espace francophone. Outre la défense et la promotion de la langue française, portée par de nombreuses associations (Mission laïque, Alliance française, Académie royale de langue et de littérature française de Belgique…), les OING présentent un panel d’objectifs variés qui relèvent des quatre missions de l’OIF  « Langue française, diversité culturelle et linguistique », « Éducation, formation, enseignement supérieur et recherche » ; « Paix, Démocratie et Droits de l’Homme » ; « Développement durable et solidarité ». A l’instar de l’UPF, nombre d’entre elles ont un caractère professionnel [Conseil international des radios-télévisions d’expression française (CIRTEF) ; Conseil Francophone de la Chanson (CFC) Fédération Internationale des Musiciens (FIM) (...)]. Elles favorisent les collaborations entre professionnels de différents pays ; offrent à leurs membres un espace de dialogue, d’échange de pratiques et de réflexion et une voix pour peser dans les débats internationaux qui les concernent directement (propriété intellectuelle, diversité culturelle, liberté de la presse ...).

La Francophonie institutionnelle a eu tôt fait d’identifier l’ importance des associations et celle des autres organismes internationaux non gouvernementaux (OING) ; elle s’est crée des outils pour renforcer la coopération avec ces entités : à condition de remplir certains critères, les OING peuvent obtenir le statut consultatif ou se faire inscrire au répertoire de l’OIF. Actuellement, 63 organismes de la société civile accrédités sont ainsi consultés et associés dans la mise en œuvre des programmes de l’OIF. Cette collaboration devrait aller en se renforçant, si l’on en juge par les innovations introduites lors du Sommet de Montreux  : le dernier Sommet de la Francophonie a en effet été marqué par la présence de l’ensemble du comité de suivi des OING/OSC et par la tenue de tables rondes organisées par la société civile sur des thèmes préoccupant la Francophonie.

2 Évolution du rôle de la Francophonie : vers une francophonie politique

À l'origine de la construction francophone se trouve une double vocation culturelle et de solidarité. SENGHOR illustre cette dichotomie par deux définitions complémentaires. Pour lui, la Francophonie est « une culture qui, dépassant la langue seule, se conçoit comme le moyen de faire participer les peuples qui en font partie à la civilisation de l'universel, seule détentrice d'un certain nombre de valeurs »  et «cet Humanisme intégral, qui se tisse autour de la terre : cette symbiose des " énergies dormantes " de tous les continents, de toutes les races, qui se réveillent à leur chaleur complémentaire.»  
Dès sa création en 1970, l'Agence de coopération culturelle et technique s'engage dans cette voie ; le premier article de la Convention qui lui donne naissance est rédigé en ces termes : « Le but de l’Agence de coopération culturelle (...) est de promouvoir et de diffuser les cultures des Hautes parties contractantes et d'intensifier la coopération culturelle et technique entre elles. L'Agence doit être l'expression d'une nouvelle solidarité et un facteur supplémentaire de rapprochement des peuples par le dialogue permanent des civilisations ». Au milieu des années 90 survient le débat qui pousse la Francophonie hors des limites de la coopération technique multilatérale et dans l'arène politique mondiale. À la jonction d'intérêts économiques et symboliques, la question de la diversité culturelle permet à la Francophonie de faire la démonstration de sa capacité de mobilisation et d'influence. 

De la coopération technique à l’action politique

Le combat pour la diversité culturelle naît d’une confrontation entre la logique américaine du tout libéral et l’idée selon laquelle la culture et ses expressions se distinguent des marchandises. La première phase du débat se déroule dans l’enceinte de l’Organisation Mondiale du Commerce (Uruguay Round, 1986/94). Les industries culturelles représentent en effet un enjeu économique majeur pour les États-Unis, dont ils constituent le premier poste d’exportation. À l'opposé, en Europe et ailleurs dans le monde, ces économies de prototype - les filières cinématographiques notamment – sont fragiles et s'appuient sur le soutien de l'État pour maintenir leur existence. En France, une taxe est ainsi prélevée sur le prix de tous les billets de cinéma, pour être redistribuée automatiquement à la production française et européenne ; ce mécanisme permet d'exploiter le succès des films américains pour financer la production nationale, au grand dam des producteurs d'outre-Atlantique. Or, dans tous les domaines couverts par l’OMC s’applique le principe du traitement national : un Etat ne peut accorder d’avantages spécifiques à sa production nationale. En vertu de ce principe, les aides au cinéma et autres industries culturelles devraient être supprimées ou étendues aux productions étrangères, notamment américaines. Sous l’effet de telles mesures, les industries culturelles dépendantes de ces aides s’effondreraient, consacrant la domination symbolique des États-Unis. Menée par la France, l’Europe se mobilise pour consacrer l’exception culturelle et faire sortir les productions des industries culturelles du champ de négociation de l’OMC. Dans la foulée, l’UNESCO se saisit du problème et adopte en 2005 la Convention internationale sur la promotion et la protection des expressions culturelles. Adoptée à l’UNESCO par 148 voix contre 2 (USA et Israël) ; avec 4 abstentions (Australie, Nicaragua, Honduras, Libéria), ce texte réaffirme le droit des États à appliquer des mesures pour défendre la diversité des expressions culturelles.

Mobilisée dès 1993 pour la défense de l’exception culturelle (déclaration de Maurice), la Francophonie est au cœur du débat ;[ réunis à Cotonou en 2001, les ministres de la Culture francophones rappellent le lien indissociable entre le projet francophone et ce principe : « Nous, Ministres et Chefs de délégation représentant les États et gouvernements ayant le français en partage, affirmons que la diversité culturelle constitue l’un des enjeux majeurs du XXIe siècle. Nous rappelons que la reconnaissance de la diversité culturelle, consacrée par la Charte de la Francophonie, constitue l’un des principes fondamentaux qui inspirent l’action de notre mouvement depuis sa fondation. [...] » .  En plus de réaffirmer le caractère essentiel de la diversité culturelle pour la Francophonie, cette Déclaration exprime une volonté d'action concrète « À la veille du Sommet de Beyrouth consacré au dialogue des cultures (...), nous réitérons notre attachement à la diversité culturelle et notre volonté de disposer de politiques et d’instruments propres à en assurer la sauvegarde. »  ]
En présentant un front uni sur cette question, la Francophonie démontre la solidarité de ses membres et leur capacité à prendre position sur des enjeux politiques de première importance ; le résultat à l'UNESCO met en lumière le poids de l'organisation dans le jeu  politique mondialisé : sur les 116 parties qui ont ratifié la Convention, 52 – soit près de la moitié – sont des États  membres de l’OIF. Par ailleurs, le périmètre d'action de la Francophonie est loin de se limiter à une mobilisation en interne. Union géoculturelle présente sur tous les continents, elle dispose de relais d'influence sur tout le globe et se trouve en position privilégiée pour traiter avec d'autres aires linguistiques, hispanophone ou lusophone notamment. L'échec politique retentissant des Etats-Unis qui avaient réintégré l'UNESCO dans l'unique but de défendre leurs intérêts dans ce dossier est le résultat d'un lobbying efficace mené entre autres par la Francophonie auprès des États  et instances internationales.[ La Francophonie s'est montrée à la hauteur de son premier défi sur la scène politique mondiale et ce n'est pas un hasard si la Convention de l’UNESCO s'inspire de la Déclaration de Cotonou. ]

Champs d’intervention et nouveaux enjeux

Dans les années 2000, alors que son organisation institutionnelle est en cours de stabilisation, la Francophonie prend donc conscience de sa dimension politique latente. À partir du sommet de Beyrouth (2002),  elle se donne des moyens d’action afin de défendre et promouvoir ses valeurs, désormais étendues à quatre domaines : le dialogue mondialisé des cultures ; la préservation de la diversité culturelle ; la  préservation des biens communs de l’humanité ; la culture démocratique et la sécurité humaine. Les deux premiers axes se situent dans le prolongement direct de la vocation historique de la construction francophone. En matière de dialogue interculturel, la Francophonie doit réaliser en interne la rencontre des civilisations représentée par ses membres de tous les horizons. Il s'agit aussi pour elle de défendre ses valeurs spécifiques à l'heure de la mondialisation multipolaire. Concernant la deuxième thématique, sans revenir sur la nécessité de préserver la diversité culturelle et de se prémunir contre la menace hégémonique anglo-saxonne, notons que la mobilisation reste de mise : l’impasse à l’OMC et la Convention pourront être contournées par des accords bilatéraux. Par ailleurs, si un texte voté à l’OMC vient contredire la Convention de l'UNESCO, aucune règle n’accorde de préséance à cette dernière, qui n’a pas de valeur contraignante. Plus récent que celui de diversité culturelle, le concept de « bien commun de l’Humanité » le recoupe au niveau des langues et des cultures. Cette notion a cependant des implications plus larges, essentiellement dans le domaine de l’environnement et du développement durable. La Francophonie s’est emparée de ce concept ; opérant le glissement logique pour étendre sa compétence dans le secteur du développement durable. Cette extension est légitimée par la Convention de l’UNESCO qui fait le lien entre diversité culturelle et développement durable : «  La protection, la promotion et le maintien de la diversité culturelle sont une condition essentielle pour un développement durable au bénéfice des générations présentes et futures ».

Dans un même temps, la Francophonie étend son périmètre d’action à la culture démocratique, dont les valeurs ont toujours sous-tendu la construction de la communauté francophone. Dans la déclaration de Bamako (2000, validée en 2002 à Beyrouth), elle réaffirme les principes d’Etat de Droit et d’intériorisation de la culture démocratique. Elle prend aussi des engagements opérationnels en vue de leur consolidation, notamment pour l’organisation d’élections libres, fiables et transparentes. La particularité de la déclaration de Bamako est de prévoir un mécanisme de suivi des engagements (dispositif d’observation / évaluation et corps de mesure réactive en cas d’atteinte à la démocratie ou aux droits de l’Homme) qui en font, au-delà d’un instrument de promotion de la démocratie, l’outil de sa sauvegarde. En 2006, la déclaration de St Boniface (2006) vient enrichir le corpus normatif de la Francophonie dans le domaine des Droits de l’Homme d’une position concernant la protection des civils. Affirmant le principe de la responsabilité des Etats en la matière vis-à-vis de leurs populations, elle établit la responsabilité  de la communauté internationale au cas où un Etat manquerait à ces responsabilités. Bien entendu, le texte assujettit toute action potentielle au droit international existant et à la Charte des Nations Unies. Par cette déclaration, la Francophonie devance les débats sur la responsabilité de protéger et anticipe sur l’évolution du droit. Bien que ses effets réels soient limités et que la question n’ait pas été creusée plus avant depuis, la Déclaration de Saint Boniface illustre la modernité et l’audace de la réflexion francophone sur les sujets relatifs aux droits de l’Homme.

Nul ne saurait douter de la pertinence de la Francophonie et de ses objectifs. L'augmentation du nombre de membres (21 au départ, ils sont aujourd’hui 56, avec 19 membres observateurs) et l’augmentation des demandes d'adhésion à la Francophonie sont des indices révélateurs de l'intérêt qu'elle suscite. Sa double articulation (organisation centrale / organisations spécialisées) est un autre facteur d'attraction. La Francophonie se démarque enfin par une forte culture inclusive  autour des valeurs communes de tolérance, d'ouverture à l'autre d'écoute et de paix. La Francophonie doit toutefois prendre garde à ne doit pas diluer sa spécificité au contact du politique. Elle doit se concentrer sur les thèmes énoncés, qui sont ceux qui correspondent à son identité.

3 La place du français dans le monde : une langue en expansion

Avec 220 millions de personnes sachant lire, comprendre et écrire le français sur la planète, le français est l’une des dix langues les plus parlées dans le monde. Au-delà des valeurs absolues, la langue française est, avec l’anglais,  la seule à maintenir une présence sur les cinq continents. De plus, le français est en progression partout, à l’exception notable de l’Europe.

Forces et faiblesses du français

Le français est une langue de Culture et reconnue comme telle. Il faut conserver cette vision qui rattache notre langue à une tradition d'érudition, de raffinement ;  cette perspective recouvre aussi une réalité actuelle, celle de tous les artistes et auteurs d'expression française dont les créations et les écrits viennent continuellement enrichir le patrimoine mondial. Paradoxalement, cette vision s'est faite le frein de la propagation du français. En Roumanie, partout, les francophones restent en retrait et délaissent l'usage du français pour un anglais qu'ils ne maîtrisent pas forcément mieux. Pourquoi? Il paraît que les gens éprouvent moins de scrupules à écorner la langue de Britney Spears que celle de Victor Hugo. Il faut sortir de cette vision fétichiste qui donne au français l’apparence de l’inaccessible et l’inscrire dans le quotidien. La Déclaration de Montreux pave le chemin de ce renouveau : « Nous entendons valoriser le français en tant que langue technique, scientifique, juridique, économique et financière. Dans cet esprit, nous demandons à l'OIF et aux opérateurs concernés d'encourager les réseaux professionnels ou universitaires qui emploient et diffusent le français dans leurs domaines de compétence. » . L’ambition est claire et assumée : généraliser l’usage du français dans tous les secteurs pour créer la francophonie du quotidien. Trois points revêtent une importance particulière : le français doit conserver son statut de langue de négociation politique. Elle doit devenir langue de diffusion de la connaissance et développement professionnel.

La dimension politique du français est incontestable. Langue des élites et des Cours au XIXème siècle, elle n’est supplantée par l’anglais sur le plan politique qu’après la première guerre mondiale. En dépit de ce renversement, elle conserve sa place dans toutes les instances internationales : avec l’anglais, le français est langue de travail du secrétariat de l’Organisation des Nations Unies, et langue officielle avec cinq autres langues (l’anglais, l’espagnol, le russe, l’arabe et le chinois). C’est aussi l’une des trois langues de travail de l’Union Européenne, les deux autres étant l’anglais et l’allemand ; quant à la Cour de justice européenne, elle ne délibère qu’en français. Le français est encore langue officielle d’institutions internationales aussi diverses que l’UNESCO, l’OTAN, le Conseil de l’Europe, l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), l’Agence mondiale anti-dopage et la FIFA (Fédération internationale des associations de football). Au sein de la Banque mondiale, l’Organisation mondiale de la santé, l’Union africaine et Interpol, le français est langue de travail privilégiée. Dernier point mais non des moindres, le français est aussi la langue historique des jeux olympiques. Cet aspect peut sembler moins sérieux, mais c’est sans compter la popularité de la manifestation, qui en fait une plateforme d’influence et de visibilité qu’il ne faut surtout pas abandonner. En dépit de cette situation théorique favorable, l’Observatoire de la Langue française a constaté un manque de mobilisation des Etats pour l’apprentissage du français et son emploi dans les enceintes internationales. Adopté en 2006 lors du Sommet de Bucarest, le Vade-mecum relatif à l’usage de la langue française tarde à se faire respecter. Amorcé en 2002, le vaste programme de formation des diplomates se poursuit et devrait permettre d’améliorer ces circonstances, mais seule une politique volontariste de la part des Etats permettra de maintenir l’usage du français et, à travers lui, la diversité linguistique, dans les enceintes de dialogue international.

L’OIF, notamment à travers les actions de l’AUF envisage le français comme langue de diffusion des savoirs. La mise à disposition de banques de données francophones et les actions de formations concrétisent cette vision. En particulier, l’exemple des formations à distance modélise le fonctionnement d’une communauté solidaire bâtie sur le progrès et la connaissance.
[Rapprochés par l’usage du français, des formateurs et des personnes en quête de formation de tous horizons entrent en contact et s’engagent dans une relation fondée sur l'apprentissage. Pour compléter cet aspect, le français doit être présenté dans sa dimension professionnelle. ]
Insister sur l’existence d’un réseau d’entreprises et d’unions professionnelles francophones, c’est garantir l’attractivité du français, auprès des jeunes.

Perspective pour l’enseignement

Réfléchir à la place du français dans le monde implique de manière presque automatique de mettre en regard son évolution avec celle de  l'anglais, auquel on impute le retrait des autres langues. La Roumanie est un cas d’école de ce principe : entre 2001 et 2008, le nombre de lycéens choisissant le français comme première langue est passé de 51% à 35 %, évolution qui s’est faite au seul bénéfice de l’anglais. Une observation un peu plus approfondie des statistiques révèle toutefois une donnée corollaire intéressante : dans le même temps, le nombre d’élèves optant pour le français en deuxième langue a augmenté de façon symétrique, passant de 35% à 53%.
Une réflexion en termes d’apprenants aboutit à la conclusion que le français s’est maintenu à égalité avec l’anglais ; en réalité, il a même gagné des apprenants, dans un pays où la population des établissements scolaires a tendance à décroître et dans lequel les autres langues (allemand, espagnol, italien ou russe) sont presque absentes du système scolaire.  Il ne faut toutefois pas se réjouir trop vite, la poursuite de la seconde langue dans les études supérieures demeurant bien trop rare. Vu sous cet angle, la question qui se pose, ce n’est pas d’empêcher les élèves de parler anglais. Le véritable enjeu, c’est de soutenir le multilinguisme, d’encourager l’apprentissage de plusieurs langues étrangères.

La vision de la Francophonie est de promouvoir le français dans un cadre plurilingue. Liée à sa nature d’espace interculturel, cette vision coïncide par ailleurs avec les recommandations de l’Union Européenne. Partout où le français est enseigné comme langue étrangère, il faut articuler son apprentissage avec la maîtrise de la langue maternelle. Cet effort doit porter sur l’ensemble du système scolaire, avec la création de filières bilingues dès l’école primaire, jusqu’au supérieur. Il s’agit ensuite d’insister dès le collège sur l’importance de la seconde langue, lui donner ses lettres de noblesse. Trop souvent considérée comme une matière annexe, la seconde langue doit être présentée pour ce qu’elle est : une compétence valorisée par le marché du travail, essentielle à une carrière de haut niveau à l’heure de la mondialisation. Le maintien de l’évaluation de la seconde langue au Baccalauréat roumain constitue à ce titre une victoire du multilinguisme, dans la mesure où elle empêche la marginalisation de la matière et représente une première forme de valorisation de ces acquis. Insistons encore sur le fait qu’il n’existe aucune fatalité condamnant l’élève à ne jamais atteindre dans sa seconde langue un niveau satisfaisant.
[Certes, l’apprentissage débute plus tardivement, mais l’élève dispose à ce stade d’une première confrontation à ce type d’exercice, d’outils méthodologiques et de compétences qu’il peut réinvestir pour maîtriser cette deuxième langue, ce qui facilite grandement l’entreprise.]
Ce qu’il faut, c’est développer les structures d’apprentissage dans le supérieur pour accompagner l’acquisition définitive de ces connaissance.

Conclusion :

La Roumanie occupe une place particulière dans la Francophonie. Si elle ne partage pas le passé colonial des pays fondateurs du mouvement, son adhésion ne saurait être assimilée à un calcul politique pour se rapprocher de l’Union Européenne. Pourquoi? Parce que la Roumanie est le premier pays francophone dont le français n’est pas langue officielle. Cela signifie que le français est la langue de cœur d’un grand nombre de roumains. Pour paraphraser le grand diplomate roumain Nicolas TITULESCO “Quand il s’agit de la France et de la Roumanie, il est difficile de séparer le cœur de la raison”. De fait, les relations entre les deux cultures sont profondes et anciennes. Imaginez-vous que le champion du français académique, Ronsard lui-même avait un ancêtre roumain, un certain Maracine dont le nom signifie « ronce » ! Les relations ont perduré entre les deux cultures jusqu’à l’époque du totalitarisme où le français représentait pour la population roumaine un outil de résistance spirituelle. Aujourd’hui, l’attachement persiste. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : quelle que soit la concurrence de l’anglais, l’apprentissage du français s’est maintenu en Roumanie, alors même que baissait le nombre global d’élèves et que d’autres langues comme l’allemand ou le russe disparaissaient. Lors de la cérémonie du 14 juillet 2011, le Premier ministre roumain Emile Boc a tenu à réaffirmer la puissance des liens qui unissent la Roumanie et les institutions francophones.

Immédiatement après l’indépendance, la Roumanie s’est impliquée dans la Francophonie. D’abord invitée par le Président François MITTERRAND avec le statut d’observateur, la Roumanie intègre officiellement la Francophonie institutionnelle au  sommet de Maurice en 1993. Les représentants roumains auprès de la Francophonie ont montré leur attachement à cette institution,  multipliant les initiatives jusqu’à imposer la Roumanie comme pôle d’influence régional de la Francophonie. La Roumanie a ainsi accueilli successivement la XVI-ème Biennale de la Langue Française, suivie de la Conférence préparatoire au niveau des experts des Ministres de la Justice des pays francophones (1995), la XVI-ème session du Conseil scientifique de l'AUF, le colloque sur la demande d'énergie et la session du Conseil Permanent de la Francophonie (1996) et  la Conférence ministérielle de la Francophonie (1998). À sa demande, le pays abrite une antenne de l’OIF et du Bureau d’Europe Centrale et Orientale de l’AUF, tous deux basés à Bucarest. Le sommet de Bucarest marque la reconnaissance de l’engagement de la Roumanie dans l’aventure Francophone et de son importance stratégique.

Bien qu’il n’ait eu lieu dans les faits qu’en 2006, ce Sommet  était demandé par la Roumanie depuis 1995. Premier Sommet organisé en Europe Centrale et Orientale, il a marqué l’ouverture de l’OIF vers une région appelée à gagner en importance. En organisant cet évènement, la Roumanie s’est positionnée politiquement pour faire la liaison entre les Etats membres de l’Union Européenne et ceux de l’espace francophone de la Mer Noire. Principal vecteur de la promotion de la langue française en Europe Centrale et Orientale, la Roumanie porte aussi l’ambition de se constituer  pôle d’excellence dans l’enseignement universitaire et dans la recherche scientifique, pour tout l’espace central et est-européen de la Francophonie.

Forte de ses liens étroits avec la France, la Roumanie partage profondément les valeurs et les aspirations de la Francophonie. Ces deux entités ont encore en commun le renforcement constant de leur influence au niveau régional et international. Pour ces raisons, la Roumanie et la Francophonie entretiennent une relation symbiotique qui les aidera toutes deux à atteindre leur juste place dans le jeu politique mondialisé.