Discours de remise des insignes de Chevalier de la Légion d'Honneur à Mme Anca Boagiu (18 mai 2010)
Madame la Ministre,
Un peu plus de trois ans après l'entrée de la Roumanie dans l'Union européenne, je suis très heureux que me soit donnée cette occasion toute particulière de célébrer le lien si profond et si amical qui existe en Europe entre nos deux pays.
C’est un plaisir pour moi de vous accueillir ce soir à la Résidence de France, avec vos amis, pour vous remettre les insignes de Chevalier dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur.
C’est toujours un moment un peu solennel que la remise de cette plus haute distinction de la République Française créée en 1802 par Napoléon Bonaparte pour récompenser les services exceptionnels rendus au bien commun. Ce soir, la République Française, par mon intermédiaire, rend hommage à un parcours remarquable mis notamment au service de deux objectifs, une tâche majeure et un combat que vous avez, chère Madame la Ministre menés de front : l’entrée de la Roumanie dans l'Europe, et l’engagement en faveur de l’égalité des chances.
Diplômée, il y a seulement 15 ans de cela, de l’université OVIDIUS de Constanta, vous êtes entrée rapidement au ministère des transports où vous avez tout d’bord œuvré à de grands projets de modernisation des infrastructures soutenus par des financements européens et internationaux. Ce sont donc peut-être les programmes « PHARE » qui vous ont poussée à préparer activement l’adhésion, ce travail complexe, concret, indispensable, de modernisation, travail qui réclamait tout à la fois les compétences, la rigueur et un tempérament aussi de bâtisseuse.
Vous seront confiés ensuite des projets financés par la Banque Mondiale d’ajustement et de développement institutionnel du secteur privé avant que vous ne deveniez directrice du Programme pour la Restructuration des Entreprises et pour la Conversion professionnelle financé par la Commission européenne. Si ces postes majeurs confirment votre souci de conseiller et d’administrer, l’envie aussi de participer au processus de décision vous amène à assumer des responsabilités politiques, et lesquelles, puisque vous devenez en 2000, à 31 ans, ministre des transports, un secteur crucial pour la Roumanie, pays carrefour de nombreuses voies de communication.
En décembre 2000, vous êtes élue députée de Bucarest et c’est au cours de votre second mandat qu’en 2005, l’agenda pressant de l’adhésion vous rappelle à des responsabilités ministérielles. Le 1er janvier 2007, c’est en tant que ministre de l’intégration européenne que vous vivez donc l’entrée de la Roumanie dans l’Union européenne avec, je me permets de le supposer, un sentiment de réussite et une intensité à la mesure de l’ouvrage accompli pour rendre ce jour possible, une préoccupation qui vous anime toujours et fait de vous un interlocuteur et un acteur privilégié de notre coopération.
Par vos fonctions électives de Députée puis de Sénatrice, vous savez mieux que quiconque qu’un enjeu succède à un autre. Face à la crise économique actuelle, le risque est aujourd’hui partout de sacrifier l’essentiel aux contraintes du moment. Les insignes que j’aurai l’honneur de vous remettre dans un instant sont aussi le signe de l’exemplarité qu’ils distinguent : votre parcours, Madame la Ministre, est une invitation à s’engager et la preuve que pour affronter les défis de l'époque il faut de vrais citoyens, éduqués, indépendants, mobiles et capables d’innover.
Il y a enfin, je l’ai évoqué tout à l’heure, un autre aspect de votre action qui doit être mis en valeur tant il est respectable : vous militez avec la plus grande constance et par tous les vecteurs, loi, entreprises, associations, élections, et dans le fonctionnement même de votre parti politique, pour la place des femmes dans la société.
C'est aussi un élément de progrès de la société roumaine qu'il m'est particulièrement agréable de souligner. Permettez moi de citer les mémoires d'un Ministre que j'ai eu l'honneur de servir et que je respecte tout particulièrement, Madame Simone Veil, qui écrit « Je m’accoutumai à entendre les hommes croisés ici ou là me dire : « Ma femme a tellement d’admiration pour vous.» Le sens du propos ne m’échappait pas : ma femme vous admire, mais pas moi.» Bien sûr, il s’agit là d’un témoignage du milieu des années 1970, dans une société française où le pouvoir des hommes le disputait encore à la méfiance envers les femmes de pouvoir.
Mais hélas ce combat là n’est pas clos, aussi je souhaite que les jeunes Roumains vous admirent aujourd’hui autant que leurs épouses pour vos nombreux talents, votre détermination et votre savoir-faire, qui honorent le monde politique roumain.
Chère Madame la Ministre, en suivant ma proposition, le Président de la République française a souhaité vous témoigner tout le respect que la France accorde aux hommes et aux femmes roumaines qui bâtissent l’Europe et qui s’attellent à tous les défis de leur temps, et vous remercier chaleureusement, mais aussi vous encourager pour l’avenir en vous décernant la distinction que j’ai maintenant le plaisir de vous remettre.
Anca Boagiu, au nom du Président de la République française, je vous fais Chevalier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur.
