Interview à la revue Together for Your Business (14 juillet 2009)

•    Les meilleures relations ont trouvé l’expression dans les nombreuses entrevues des politiciens marquants de nos pays. Quels sont les objectifs abordés par les deux parties à la suite de la dernière visite du Président Basescu au Palais de l’Elysée ?

La visite du Président Basescu à Paris en mai dernier, à l’invitation du Président de la République Nicolas Sarkozy, a permis de faire le bilan très positif d’un an de partenariat stratégique franco-roumain. Elle a aussi donné l’occasion aux deux chefs d’Etat de constater leur très grande convergence de vues sur les sujets européens actuels. Enfin, le Président Basescu a manifesté son choix de la technologie européenne EPR pour la nouvelle centrale nucléaire roumaine, et a visité le chantier de la centrale de Flamanville dans la Manche.

•    Le bilan de l’adhésion de la Roumanie à L’Union Européenne est considéré comme positif. Mais la Roumanie a besoin d’une amélioration de son image au sein des institutions de l’Union Européenne .La France va-t-elle rester l’avocat de la Roumanie en ce contexte ?

Bien sûr, la France souhaite que l'image de la Roumanie change au sein de l'Union européenne et elle est prête à  poursuivre sa coopération pour que la Roumanie puisse, dans tous les domaines, respecter les normes européennes. Notre coopération juridique et judiciaire, très étroite, tout comme notre coopération dans le domaine de l'agriculture, sont ainsi prioritaires pour accompagner la levée, à moyen terme, du Mécanisme de contrôle et de vérification. Plus qu'un avocat, la France est un partenaire de la Roumanie sur la durée. Elle est engagée à ses côtés pour que l'adhésion européenne de la Roumanie soit un succès absolu. Et la qualité des échanges humains, à tous les niveaux, entre nos deux pays, donne un souffle profond à cette coopération.
 
•    Selon votre opinion, quelles sont les démarches que les Chambres de Commerce bilatérales devront faire pour réaliser une plate-forme universelle d’assistance et consultance pour les hommes d’affaires des deux pays ?

Une convention cadre de partenariat a été signée le mercredi 23 avril 2008 entre les principaux acteurs du commerce extérieur en France, en présence d'Anne-Marie Idrac, secrétaire d'Etat chargée du Commerce extérieur et d'Hervé Novelli, secrétaire d'Etat chargé du Commerce, de l'Artisanat, des PME, du Tourisme et des Services. Elle fonde une nouvelle relation entre Ubifrance, l’organisme public français chargé d’aider à l’export, et les chambres de commerce françaises à l’étranger. Elle réaffirme, par ailleurs, la complémentarité de l'action des Missions Economiques, d’ Ubifrance et des Chambre de Commerce et d’Industrie Françaises à l’Etranger.  Ces dernières devraient ainsi s’orienter progressivement vers des prestations plus en aval de la stratégie exportatrice d’une société (récupération de TVA, domiciliation, ateliers techniques et thématiques…). Dans ce cadre, la Chambre de commerce de Roumanie est évidemment la bienenue pour travailler avec la chambre de commerce franco-roumaine dont le Président est Dan Bedros, et avec la Mission économique et l’antenne locale d’Ubifrance.

•    Les nouveaux codes de procédure pénale et civile vont entrer en vigueur. Leur bonne application est soumise à une formation adaptée des magistrats. Etes-vous, de ce point de vue, favorable à la création d’une association franco-roumaine dans le domaine du Droit ?

Non seulement j'y suis très favorable mais c'est une idée que j'ai tenu à concrétiser rapidement : l'association franco-roumaine de juristes (AFRJ) existe depuis août 2008. Elle compte à ce jour plus de 50 adhérents (de France et de Roumanie) dont des institutions prestigieuses et a déjà co-organisé plusieurs manifestations. L'AFRJ possède un site Internet : www.afrj.eu . C'est un outil de connaissance mutuelle et d'échange pour tous les professionnels du droit (avocats, magistrats, notaires, juristes d'entreprise...) intéressés par l'un et l'autre pays. L'association offre à ses adhérents un espace de communication sécurisé sur le site, ainsi qu'un accès collectif aux bases données juridiques françaises et roumaines (Dalloz.fr et Legalis.ro).

•    L’attribution à la Roumanie de 32 milliards d’euros dans le cadre des fonds structurels pour les perspectives financières 2007-2013 pose la question clé de sa capacité à absorber ces fonds. Y a-t-il la possibilité d’une plus grande fongibilité entre ces fonds, afin d’éviter leur perte ?

Le principe même d'une plus grande fongibilité dans l'utilisation des fonds européens a été défendue jusqu'à présent par la France auprès de la Commission européenne et de ses partenaires. Cela étant, l'enjeu actuel pour la Roumanie est de pouvoir absorber les fonds européens qui ont été programmés, sur la base des règlements européens en vigueur et conformément au Cadre de référence stratégique national validé par la Commission européenne. La question de la fongibilité entre les fonds se posera dès lors que le taux d'absorption moyen sera assez conséquent pour qu'il soit pertinent de réfléchir, à 27, à des redéploiements entre Programmes opérationnels au sein des Etats membres qui en feraient alors la demande. A ce jour, aucun Programme opérationnel mis en oeuvre en Roumanie ne souffre d'une dotation trop faible. La priorité pour la Roumanie est plutôt d'accélérer l'instruction des projets déposés et la contractualisation des projets approuvés, afin que les projets de qualité qui seront dans les domaines prioritaires mis en oeuvre sur le terrain puissent porter des enseignements pour les collectivités et autres opérateurs qui seront en charge des projets qui seront déposés dans les prochains mois.
De plus, le risque de perte de ces fonds, bien que souvent cité, n’est en réalité que peu probable. Les fonds pour 2007-2010 peuvent en effet être dépensés sur une période de 4 ans maximum et ceux pour 2011-2013, une période de 3 ans maximum. Ainsi, les sommes engagées en 2007 ne seront perdues que si elles ne sont pas allouées d’ici le 31 décembre 2011. Or, étant donnée l’affluence de projets et les importants progrès faits en termes d’absorption depuis janvier 2009, cette éventualité est assez peu probable.

•    La Roumanie a joué un rôle important dans les discussions sur l’avenir de la politique agricole commune, en constituant un allié très solide pour les positions françaises. Comment la France développe-t-elle sa coopération avec la Roumanie dans ce domaine ?

La France a privilégié des relations très étroites, y compris au plus haut niveau, sur les discussions relatives au bilan de santé. Cette compréhension réciproque des intérêts et des positions défendues par nos deux Etats Membres a permis d’aboutir à une alliance favorable à la mise au point du compromis sur le bilan de santé de la PAC, adopté par le Conseil en novembre 2008.
Comme vous le savez, l’agriculture est sans conteste l’un des tout premiers domaines de coopération franco-roumaine. Dans un passé encore très récent,  l’expertise française mise à disposition des autorités roumaines a couvert une large palette de sujets, tels que la mise en place du plan national de développement rural (8,2 milliards d’euros de fonds communautaires pour la période 2007-2013), qui devrait permettre à la Roumanie de redevenir une grande puissance agricole européenne, ou l’élaboration de dispositions législatives permettant de mieux valoriser la production agricole roumaine avec l’organisation de filières de productions agricoles et la création de l’agence pour les produits traditionnels, destinée à promouvoir le « patrimoine alimentaire » roumain sur les marchés européens et internationaux.
Pour l’avenir, l’agriculture demeure un domaine prioritaire de coopération. Il s’agit du premier champ de coopération cité par le partenariat stratégique signé par les présidents des deux  Etats le 4 février dernier à Bucarest. Un nouveau conseiller technique se tiendra à disposition des autorités roumaines à partir du 1er août prochain pour une période de deux années.

•    La France a décidé le maintien de la clause de transition pour la migration des travailleurs roumains. L’impact de l’immigration des travailleurs roumains sur le marché de l’emploi français a-t-il évolué ? S’agit-il d’un sérieux problème ?

Le maintien de la période transitoire n'est pas un réel obstacle pour les Roumains souhaitant s'inscrire dans une démarche d'immigration professionnelle. Par ailleurs, la liste des métiers en tension et les besoins du marché français offrent suffisamment d'opportunités aux ressortissants roumains : entre janvier et avril 2009, l’office français de l’immigration et de l’intégration a déjà recensé 1122 entrées de roumains pour motif économique.
On constate à ce titre une nette progression des salariés roumains sur les quatre premiers mois de l'année 2009 par rapport à 2007 et 2008. En effet, s’il y a deux ans 3043 ressortissants roumains ont obtenu une autorisation pour motif économique, ce chiffre est passé à 4843 l’an passé et déjà 1122 sur les quatre premiers mois de l’année 2009.
Ce dernier chiffre montre bien que de plus en plus de roumains s'insèrent dans une activité salariale légale et il semble difficile de qualifier de ‘sérieux’ problème un sujet qui n'en est pas un.

•    Vous avez proposé, concernant la Commission des Affaires Européennes, l’intégration d’un « volet social » dans la feuille de route du partenariat stratégique avec la Roumanie. Pourriez fournir quelques explications sur ce terme ?

La crise financière qui touche actuellement autant la France que la Roumanie doit conduire tous les pays européens à s'interroger sur leur capacité à atteindre un niveau optimal de cohésion sociale et territoriale. L'importance en Roumanie des écarts de développement entre régions de développement économique et entre catégories sociales, malgré des indicateurs macro-économiques jusqu'ici bons, a conduit à une prise de conscience croissante par les autorités roumaines. L'intégration d'un volet social dans la feuille de route du Partenariat stratégique, portant notamment sur des échanges d'expériences dans le domaine des politiques de protection sociale, des politiques familiales, des politiques d'inclusion sociale et du management hospitalier et sanitaire, constitue ainsi une nouvelle dimension logique de ce partenariat. Les actions qui pourront être mise en oeuvre à compter du second semestre 2009 s'inscriront également dans la continuité de projets plus anciens, notamment sur des financements européens.

•    Excellence, vous êtes également l’Ambassadeur de la culture française en Roumanie. Pourriez-vous nommer les manifestations culturelles que vous avez initié et soutenu, et préciser quelles seront les  prochaines manifestations importantes prévues pour cette année ?


Diffuser le meilleur de la création française contemporaine dans toutes les disciplines artistiques, en partenariat avec les grandes institutions roumaines et avec le soutien des entreprises françaises installées ici, nous permet de promouvoir dans ce pays une image moderne et créative de la France d’aujourd’hui. Il s’agit aussi de présenter au public roumain des productions culturelles de haut niveau qui, sans doute, sans notre participation, ne seraient jamais venues à Bucarest. Je pense par exemple à L’ensemble Accentus, à La Comédie Française, au Ballet Preljocaj durant la Présidence Française de l’UE. Pour le proche avenir, et dans la même veine, je signalerai le spectacle de Philippe Decouflé « Sombreros » en juin, « Music Hall » joué par Fanny Ardant ou le colloque international et l’exposition qui seront consacrés à « Paul Morand, l’Européen » fin septembre.