Ouverture de la réunion des Départements d’études françaises de Roumanie (26 juin 2009)

Monsieur le Recteur,
Mesdames, Messieurs les Professeurs,

Je remercie chaleureusement Monsieur le Recteur Panzaru de nous accueillir aujourd’hui en ces lieux et de permettre ainsi l’organisation d’une réunion des 16 Départements d’Etudes françaises de Roumanie. Mes remerciements vont aussi aux responsables et professeurs de ces départements qui se sont déplacés pour participer à cette journée de réflexion commune.  

Si un premier séminaire a eu lieu en novembre 2006 à l’initiative de l’Agence universitaire de la Francophonie  et de cette ambassade, il semblait indispensable de renouveler la réflexion. Dans nos échanges respectifs entre l’AUF, la délégation Wallonie-Bruxelles, l’ambassade de France et vous-mêmes, universitaires, nous percevons en effet une vive inquiétude sur l’évolution des départements d’études françaises en Roumanie ces toutes dernières années.

Nous faisons tous un constat alarmant en termes de recrutement des étudiants, tant en nombre qu’en qualité des dernières promotions entrées à l’université. Je souligne qu’il ne s’agit là aucunement de la  litanie défaitiste, psalmodiée d’année en année, sur l’inévitable baisse du niveau, que l’on entend partout.
Non, nous avons des éléments concrets qui viennent étayer nos craintes.
Vous avez désormais parmi vos étudiants des débutants complets, chose impensable il y a quelques années encore. Comment, en effet, concilier les objectifs d’une formation de haut niveau où la langue n’est qu’un vecteur de transmission, alors que les connaissances de base de cette langue ne sont pas acquises ? Comment, dans ce cas, transmettre  un  message  et lequel ? 
Je dirais plus clairement encore : comment lire Mallarmé et analyser le symbolisme, ou étudier Chrétien de Troyes et faire une recherche sur le roman chevaleresque, si la compréhension de l’imparfait et la simple syntaxe posent problème ? Les spécialistes de linguistique parmi vous désespèreront, dans un tel contexte, de pouvoir amener les étudiants à une réflexion constructive sur les codes de la langue.

Je ne serai pas beaucoup plus encourageant en termes quantitatifs. Le Service de coopération et d’action culturelle a mené une étude du nombre d’étudiants inscrits dans les DEF dans lesquels des lecteurs français sont détachés. La baisse est brutale. En 2004/05, ils étaient 6000 étudiants dans les 10 DEF concernés. Ils ne sont plus que 4250 en 2008/09. Soit une baisse de 30 % en quatre ans. Par ailleurs, le contexte économique pousse les étudiants à entrer, dès la fin de la licence, dans la vie active. Les mastères deviennent pour nombre d’entre eux des filières de formation continue et non plus une formation initiale. Enfin, l’enseignement et la recherche n’attirent plus les jeunes générations qui s’orientent sans doute vers des métiers plus rémunérateurs ou plus intéressants intellectuellement.

Si je vous dis que cette situation critique n’est malheureusement pas l’apanage de la Roumanie, c’est un élément peu constructif que je vous apporte là. Il faut cependant apprécier la situation de la Roumanie au regard d’analyses plus larges. Le ministère français des Affaires étrangères et européennes a fait en 2007 une évaluation rétrospective de la coopération éducative et linguistique conduite dans les nouveaux pays membres de l’Union européenne de 1995 à 2005 et organisé en mars 2009 un séminaire à Sèvres sur la situation et les perspectives d’évolution des départements d’études françaises des universités européennes. Je remercie vos 4 collègues qui ont représenté la Roumanie à ce séminaire et Mme Florence Bray du CIEP, ici présente, qui interviendront dans la matinée à ce propos.

 Cependant,  c’est bien la situation au sein de vos départements qui nous importe aujourd’hui. Comprenons bien qu’à l’heure où les budgets de la coopération sont sous permanente révision, les mauvais signes dont je vous ai fait part sont connus de tous, et doivent appeler une réaction rapide, qui ne peut rester à ce stade uniquement au niveau des spécialistes.

Face à ce constat alarmant, et si nous sommes d’accord sur ce constat, nous devons tous prendre nos responsabilités, professeurs, chefs de département, responsables universitaires et opérateurs de coopération
Il me paraît indispensable tout d’abord que vous tous, enseignants chercheurs des DEF, vous vous regroupiez au sein de votre association, l’ARDUF, pour échanger, confronter vos pratiques professionnelles et faire entendre votre voix. Votre association sera d’autant plus entendue qu’elle sera représentative. Je salue le travail de sa Présidente, Mme Muresanu et de son bureau. Rejoignez l’ARDUF !
L’adhésion à une association plus spécialisée comme l’ACLIF qui  rassemble les chercheurs en linguistique me paraît aussi aller dans le bon sens.
Il importe ensuite qu’après avoir analysé, avec notre concours s’il y a lieu, les attentes d’un public étudiant qui évolue, sans doute plus vite que nous ne l’avons imaginé, vous mettiez en place rapidement des formations innovantes qui y répondent et que vous proposiez rapidement à vos autorités académiques des projets solides, montés en partenariat qui ouvrent des perspectives professionnelles à vos étudiants.

Il est enfin urgent qu’une visibilité nationale soit donnée au travail de formation et de recherche que vous conduisez. Les DEF doivent se faire connaître du public, et au moins du public universitaire dans un premier temps, et se donner les moyens de collaborer en identifiant leurs spécialisations respectives. Je ne trouve pas normal qu’il n’en existe même pas un répertoire, un guide, ou une publication collective. Cette mise en réseau national ne peut que contribuer en outre à valoriser au plan régional et international les acquis de chacun des départements.

C’est dans la mesure où ce mouvement s’amorcera que cette ambassade pourra venir en appui de vos projets. J’entends soutenir d’abord, et à terme même exclusivement, des initiatives qui témoignent de cette volonté d’évolution et qui s’inscrivent dans le cadre d’une coopération structurée avec des universités françaises. Nous sommes dans une période de fortes contraintes budgétaires. Il nous faut faire les uns et les autres des choix. Les moyens de coopération iront aux projets qui préparent l’avenir. Je sais le rôle qui a été le vôtre dans l’adaptation de vos cursus aux exigences du processus de Bologne et je mesure les conditions souvent difficiles dans lesquelles vous exercez votre mission.  Je vous soutiendrai dans votre volonté de former des futurs enseignants, de jeunes universitaires et des professionnels plurilingues de qualité.

Je souhaite que cette réunion permette d’ouvrir des perspectives concrètes et je vous propose d’en faire un rendez-vous régulier de façon à mettre en commun les diagnostics et les projets. Je vous convie tous au colloque universitaire et littéraire que cette ambassade organise les 22 et 23 septembre prochain à Bucarest, consacré à « Paul MORAND, l’Européen », où j’aurai plaisir à vous retrouver. Et je souhaite plein succès à vos travaux.