Ouverture du colloque sur le multilinguisme (2 décembre 2008)
Je suis très heureux d’ouvrir, à l’Institut français, en présence d’éminents spécialistes, et tout spécialement du commissaire européen au multilinguisme, M. Leonard ORBAN, ce colloque consacré par la Fondation Ithaka au multilinguisme.
Permettez moi de vous faire part de quelques réflexions sur ce sujet.
L’importance que la présidence française de l’Union européenne attache au plurilinguisme est telle qu’elle a organisé à la Sorbonne, le 26 septembre dernier, des Etats généraux du multilinguisme. M. Orban a d’ailleurs présenté à cette occasion la communication qu’il avait faite quelques jours auparavant à la Commission.
Quel est pour nous l’enjeu ?
Il est d’abord européen. Dans une Europe à 27, la question des langues devient essentielle : l’Europe est protectrice de la diversité culturelle, elle est aussi un ensemble qui se veut uni, le plus possible, et la barrière linguistique doit être à cet égard surmontée. Il nous appartient à nous Européens d’être exemplaires, et donc tout jeune européen devrait être capable de parler deux langues européennes en plus de la sienne propre. Je regrette que, parmi les pays européens, la moitié seulement – au sein de laquelle se côtoient la France et la Roumanie – ont rendu obligatoires deux langues vivantes pour tous les élèves. « Quand on parle plusieurs langues, on a plusieurs patries », a dit joliment la chanteuse et actrice Maria de Medeiros. C’est un capital extraordinaire que de pouvoir lire et s’exprimer dans un langue étrangère, et c’est un plaisir aussi, et même une fierté. C’est aussi un moyen de comprendre l’autre, pour mieux aimer et respecter sa diversité et son altérité.
L’enjeu est donc également culturel. A l’heure d’internet, de la rapidité et du développement de la communication, comment ne pas voir qu’il est impossible d’acquérir une véritable culture, si l’on ne se frotte pas aux univers qui ne sont pas les siens propres. Ce fut le cas de ces intellectuels roumains que nous admirons, qui étaient et qui sont encore capables de s’exprimer dans leur langue et en français. L’enjeu de l’enseignement du français en Roumanie, par exemple, ne peut pas être compris si l’enseignement du français et en français n’inclut pas une ouverture sur l’histoire de la Roumanie et sa culture, c’est ce que je demande à l’Ecole Anna de Noailles, et si les enseignants en français de Roumanie ne sont pas à la pointe des techniques modernes de la pédagogie et de la communication. Un site internet leur est dédié, le site VizaVi, pour leur permettre d’y accéder.
Vous l’avez compris, j’ai pour le multilinguisme une grande ambition : celle de permettre la circulation des oeuvres par exemple. A cet égard, le Gouvernement français soutient la traduction. La France souhaite même qu’un programme européen de traduction voit le jour. Ce qui va dans le sens des conclusions du Conseil européen du 21 novembre dernier. La France promeut également le grand projet de bibliothèque européenne, et appelle les autres pays à y participer. La récente tournée de la Comédie française à Bucarest était également un autre signal, donné cette fois à nos amis de l’est de l’Europe, avec deux pièces, l’une de Molière, et l’autre d’un auteur italien contemporain, mis en scène par un metteur en scène bulgare. Voilà le résultat du multilinguisme en action, une véritable co-création grâce à la connaissance des langues, et à la circulation européenne des œuvres.
La Roumanie et la France sont deux pays qui, pour des raisons diverses, militent en faveur du multilinguisme. Je suis heureux que ce colloque de Bucarest fasse progresser la réflexion. Et je souhaite plein succès à vos travaux.
